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ZIMBABWE
Relancer les 'points de croissance'
Michelle Chifamba

HARARE, 12 juin (IPS) - Plus de trois décennies après l'indépendance du Zimbabwe, l'idée de développer ses zones rurales semble avoir été mise en veilleuse, puisque les endroits destinés au développement ont été transformés en des points de vente de bière, qui semblent être plus lucratifs qu'une industrie.

Mais à travers le pays, ceux qui sont dans les zones rurales appellent à la relance des points de croissance, le terme pour les zones réservées pour le développement, alors même que le gouvernement de ce pays d'Afrique australe a admis en janvier qu'il n'avait pas d'argent pour financer ses prochaines élections générales.

Selon des analystes, les points de croissance étaient destinés à se développer en des villes, avec leurs propres industries et logements. Leur but était de fournir des emplois dans les zones rurales et d'améliorer l'économie locale, sans forcer les gens à migrer vers les grandes villes pour trouver du travail.

"Durant les années 1980, beaucoup de points de croissance ont été créés par le gouvernement. Des investisseurs, principalement sous forme de commerçants, ont été assistés à mettre en place des structures et à commencer des affaires viables, soit en tant qu'individus ou en tant que coopératives", a déclaré à IPS, Wisedom Ncube, un sociologue à l'Université du Zimbabwe.

"Il semble que la plupart des points de croissance ne parviennent pas à attirer un investissement significatif à l'exception de la construction de quelques ministères et silos du Conseil de commercialisation des céréales, qui sont devenus progressivement des éléphants blancs", a-t-il dit.

Les gens à qui IPS a parlé ont affirmé que bien que le gouvernement soit financièrement en difficulté, il devait faire quelque chose pour relancer les points de croissance à travers le pays. En janvier, le ministre des Finances, Tendai Biti, a indiqué aux journalistes que le pays disposait de seulement 217 dollars dans son compte de banque publique après avoir payé les fonctionnaires.

James Mazazi, le chef du village de Zvimba, dans la province du Mashonaland occidental, dans le centre du Zimbabwe, est l'un de ceux qui défendent ce point de vue.

"Au fil des ans, il n'y a pas eu de changements significatifs dans ces centres, trois décennies après l'indépendance. Les pubs sont toujours populaires comme ils étaient de retour à l’époque. Bon nombre de nos enfants ont traversé les frontières en quête de meilleures perspectives parce que les magasins qui sont ouverts ne reçoivent plus aucune aide du gouvernement (pour faire croître leurs affaires) et ils sont restés des fournisseurs généraux", a-t-il dit à IPS.

Mazazi a affirmé qu’il n’y a pas eu un développement réel.

"Le gouvernement a promis de faire des investissements et créer des emplois pour nos jeunes, mais au fil des ans, rien de crédible ne s'est produit et nos jeunes continuent de dépendre fortement de l'agriculture comme une forme d'emploi", a-t-il indiqué.

Et à Zvimba, où les précipitations sont irrégulières et la qualité du sol mauvaise, cela n'est pas un moyen sûr pour gagner sa vie.

"Ici à Zvimba, l'agriculture n'est pas fiable. C’est encore plus difficile de gagner sa vie en conséquence", a déclaré Mazazi.

Le Zimbabwe et son peuple ont souffert de décennies de crise économique et politique, qui a progressivement amené bon nombre d’entreprises de fabrication à fermer les portes dans les grandes villes de Harare, Bulawayo et Gweru. Entre 2003 et 2009, le pays avait connu l'un des pires taux d'hyperinflation au monde et son inflation d'année en année a été annoncée comme étant de 231 pour cent.

Cette situation était aggravée par un système ferroviaire et aérien malade. Finalement, les points de croissance ont été confrontés à la négligence puisqu’ils n'ont jamais été développés pour servir leurs objectifs prévus.

Cependant, dispersés à travers le pays, de vastes hectares de terre qui étaient destinés à être des points de croissance, restent dormants.

"Le concept de points de croissance a été suggéré par le gouvernement zimbabwéen dans les années 1980 comme un moyen de désengorger les villes. Cela a été fait principalement pour freiner l'exode rural à travers la création d'emplois et la mise à disposition des services de base aux populations des zones rurales", a déclaré à IPS, Innocent Chakanyuka, un aménagiste urbain et rural, et analyste, basé à l’Université du Zimbabwe.

"Près de trois décennies plus tard, la plupart des points de croissance ne sont pas développés, les centres de vente de bière étant les affaires les plus lucratives", a-t-il ajouté.

Conseiller rural de Mrewa, dans la province du Mashonaland oriental, Mathew Nyawasha, a indiqué que les jeunes souffraient de la pauvreté du fait du chômage malgré le potentiel de création d'emplois dans les centres disposant de points de croissance.

"Si les points de croissance sont transformés en industries et que des emplois sont créés, la plupart de nos jeunes, qui vivent maintenant comme réfugiés dans des pays étrangers, pourraient décider de rentrer et avoir un meilleur avenir ici où ils peuvent vivre plus près de leurs familles", a souligné Nyawasha à IPS. (FIN/2013)

 

 

 

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