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RD CONGO
Un exil de 20 ans oublié pour les réfugiés congolais au Rwanda
Taylor Toeka Kakala

GOMA, RD Congo, 19 juin (IPS) - La peur des agressions physiques dans le cycle de violences perpétrées dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), depuis 20 ans, a contraint des milliers de Congolais à trouver refuge au-delà des frontières de leur pays, notamment au Rwanda.

Ngutuye, 33 ans, est allongée sur une natte devant sa tente, au camp de réfugiés de Kigeme, dans le sud du Rwanda. Elle a fui, en avril 2012, Kirolirwe, au Nord-Kivu, dans l’est de la RDC, lorsque son mari, un civil, a été tué à la suite des combats entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les rebelles du M23.

A l’autre bout du camp, Tuyisenge*, un ex-enseignant dans une école de Kitshanga, au Nord-Kivu, est assis sur un tronc d’arbre en train d’observer ses compatriotes qui vont et viennent sur les terrasses de ce camp aménagé le long d’une colline.

"J’ai pris la décision de fuir après avoir vu mon épouse et mes deux filles violées par des militaires", a-t-il affirmé à IPS, sanglotant.

Toutes ces agressions physiques ont poussé encore 24.123 Congolais à trouver refuge, depuis avril 2012, au Rwanda, indique le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), dont 14.000 transférés au camp de Kigeme, rouvert en juin 2012.

Avec cette dernière vague, le HCR a accordé le statut de réfugié à 68.400 Congolais répartis dans quatre camps au Rwanda, hormis quelques réfugiés urbains qui vivent généralement à Kigali, la capitale rwandaise.

La première vague de réfugiés avait fui la RDC à la suite des graves affrontements ethniques déclenchés en mars 1993 à Ntoto, au Nord-Kivu, qui avaient embrasé les zones rurales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. De nombreuses familles tutsies avaient fui vers le Rwanda.

La deuxième vague est partie en 1994 à l’arrivée des réfugiés hutus rwandais en RDC, après le génocide au Rwanda. Le troisième groupe avait quitté pendant la 'Première guerre du Congo' (1996-1997). Le quatrième groupe est parti durant la 'Deuxième guerre du Congo' (1998-2002). La vague de 2012 est la dernière. Mais le premier camp de ces réfugiés n’a été ouvert qu'en 1996 à Kiziba, dans l’ouest du Rwanda.

Parmi les points au centre de plusieurs négociations et accords entre le gouvernement congolais et les rébellions créées dans l’est du pays, "le retour des refugiés installés au Rwanda a, de tout temps, constitué la partie la plus sensible", déclare à IPS, Emmanuel Kamanzi, un notable de la communauté tutsie à Goma, au Nord-Kivu.

Cripsus Kiyonga, ministre ougandais de la Défense et facilitateur aux pourparlers de Kampala, en Ouganda, entre le gouvernement congolais et le M23, avait même constaté, le 6 mars 2013 lors d’une réunion d’évaluation de l’accord du 23 mars 2009, que le retour des réfugiés installés au Rwanda n’a pas été effectif. L’accord de paix du 23 mars 2009 était conclu entre le gouvernement congolais et l’ex-mouvement rebelle du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple).

Pour Kamanzi, les notables des communautés dites autochtones ont créé une peur bleue dans la population à l’idée d’un éventuel retour des réfugiés tutsis congolais installés au Rwanda, leur faisant craindre une compétition sur les terres.

"Faux", rétorque Bahati Kahembe, l’un de quatre chefs coutumiers autochtones coptés à l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu, se référant à un retour massif de "faux réfugiés tutsis" qui ont réintégré, en 2009, Masisi, une région verdoyante et vallonnée du Nord-Kivu, en dehors de toute initiative concertée des trois parties: RDC, Rwanda, HCR.

Pour le HCR, "les conditions sécuritaires ne sont pas encore réunies pour rapatrier les réfugiés" congolais, affirme à IPS, Simplice Kpanji, chargé de communication au bureau régional du HCR à Kinshasa, la capitale de la RDC.

En 2010, Masti Nots, chef du bureau du HCR au Nord-Kivu, avait déjà déclaré que "les problèmes liés à la terre vont constituer l’un des principaux obstacles au retour des réfugiés".

"L’ambigüité de la loi foncière de 1973 est la source des conflits fonciers en RDC", déclare, pour sa part à IPS, Jean-Claude Chito, juriste à la Commission justice et paix du diocèse catholique de Goma.

Cette loi prévoit la cohabitation de deux systèmes dans un régime foncier, l’un basé sur les pratiques ancestrales, l’autre sur des principes juridiques. D’une part, le chef coutumier, garant des terres ancestrales, est autorisé à les redistribuer aux populations. De l’autre, l’autorité administrative a tous les pouvoirs de confisquer le sol et le sous-sol qui sont des propriétés de l’Etat.

De cette confusion, naissent des tensions et conflits fonciers entre des individus et des communautés qui partagent le même espace.

A cette confusion, s’ajoute le 'régime des circonscriptions foncières' – appliqué uniquement dans la zone rebelle (à l’est) pendant la 'Deuxième guerre du Congo'. Cette mesure donne la possibilité à toute personne d’obtenir un titre foncier. Elle est contestée, jusqu’à présent, par les chefs coutumiers autochtones.

A Masisi, avec peu de terres habitables et cultivables, Chito craint que la situation ne puisse empirer avec le retour des réfugiés. "Il y a déjà des appels pour qu’une ordonnance présidentielle attendue puisse mettre de l’ordre dans la gestion de la loi foncière" dans cette région, ajoute-t-il.

*Nom d’emprunt pour assurer sa sécurité (FIN/2013)

 

 

 

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