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KENYA
Une fille qui ne pouvait pas être bergère sauve désormais des vies
Miriam Gathigah

NAIROBI, 19 juin (IPS) - Quand elle avait neuf ans, Jane Meriwas, une Samburu originaire de 'Kipsing Plains' dans la région de la Vallée du Rift, au Kenya, était considérée comme inutile par son père. Après tout, neuf des chèvres sous sa garde avaient été mangées par des hyènes.

Mais il y avait une chance qu'elle pouvait encore se racheter, en devenant la deuxième, troisième ou quatrième épouse d'un vieil homme et faire gagner à son père plus de chèvres que celles que les hyènes avaient dévorées.

"Je suis allée à l'école par hasard. M’étant révélée être une mauvaise bergère, mon père m'a envoyée à l'école en attendant le moment qu’un prétendant convenable se présente", déclare Meriwas à IPS.

"Bien sûr, l'école signifiait s’asseoir sous un arbre. Cela ne coûtait rien à mon père; un prêtre catholique a pris en charge les dépenses", ajoute-elle.

"Parmi la communauté d’éleveurs, la nôtre était une famille bizarre", indique Meriwas au sujet de la famille dans laquelle elle est née. Ses parents n'ont eu que deux enfants – toutes deux des filles. "Mais mon père n'a jamais épousé une deuxième femme, même quand ma mère est décédée".

Les Samburu sont étroitement liés à la tribu des Masaï du Kenya, mais différents d’eux. Alors que les Samburu représentent seulement 1,6 pour cent de la population totale de 41,6 millions d’habitants du pays, ils ont gagné en notoriété pour le fait qu’ils s’accrochent à une longue liste de pratiques culturelles néfastes exercées sur les filles, qui englobent des formes cruelles d'avortement.

Lolonju Lerukati, une activiste samburu qui s’exprime publiquement contre les Mutilations génitales féminines (MGF) dans les communautés d’éleveurs, déclare à IPS: "La fille samburu a pleuré pour demander de l’aide pendant longtemps, et en accord avec le thème (de la Journée de l'enfant africain, le 16 juin) de cette année sur l’élimination des pratiques culturelles néfastes qui affectent les enfants, la société doit tenir compte de ses pleurs".

Lerukati affirme que c'est malheureux qu’aujourd’hui, une fille née dans la communauté samburu ait peu de chance, s’il y en a, d'échapper à la MGF, au mariage précoce, aux formes cruelles d'avortement, et à de multiples naissances avant son 18ème anniversaire, ou d’acquérir une éducation.

A 12 ans, Meriwas n'a pas échappé aux MGF; après tout, le taux de pratique des MGF chez les Samburu est de 100 pour cent, selon la dernière Enquête démographique et de santé du Kenya. Ceci, en dépit du fait que la Loi 2010 sur l'interdiction des mutilations génitales féminines proscrit les MGF au Kenya.

Mais le fait d’aller à l'école a sauvé Meriwas d'un mariage précoce. Après avoir terminé l'université, au lieu de chercher un emploi, elle est retournée dans sa communauté pour sensibiliser les gens contre les pratiques culturelles néfastes des Samburu, et s’exprime ouvertement depuis 10 ans contre les torts faits aux filles de sa communauté.

Elle a la réputation d'être une activiste locale des droits et a créé l'Organisation des femmes samburu pour l'éducation et le développement de l'environnement, qui paie pour l'éducation d'une poignée de filles sauvées de mariages précoces et des MGF.

Lerukati dit que la force, la résistance et la bravoure de Meriwas, face à une forte opposition de la communauté, provoquent un changement au cœur chez certains.

Le rite de passage appelé port de perles est une pratique culturelle réalisée seulement chez les Samburu. Et grâce aux efforts de Meriwas, cette pratique est en train de changer.

Traditionnellement, un Moran ou guerrier achète environ 10 kilos de perles, qui sont transformées en colliers pour la fille qui l’intéresse. Dès qu’elle porte les colliers, la fille, qui a généralement entre neuf et 15 ans, est considérée comme "perlée" et la petite amie du Moran.

Meriwas parle des effets du port de perles. "Puisque les rapports sexuels entre la fille et le Moran ne sont pas généralement protégés, la fille tombe enceinte à un moment donné", indique-t-elle.

Mais, ajoute-elle, la grossesse sera interrompue à tout prix, parce que les rapports sexuels entre le Moran et la fille, bien que la culture le permette, sont considérés comme incestueux parce qu’ils sont tous deux du même clan. Alors le bébé n'est pas autorisé à vivre.

Il y a des issues dangereuses possibles quand une jeune fille tombe enceinte.

"Les femmes plus âgées amènent la fille dans la forêt dès qu'elles soupçonnent qu'elle est enceinte. Elles lui pressent le ventre jusqu'à ce qu'elle saigne et que le fœtus sorte", explique Meriwas.

Si cela échoue, la fille, dès l’accouchement, est forcée d'empoisonner son nouveau-né. Si elle refuse, l'enfant doit être alors laissé dans la forêt pour être mangé par les hyènes, ou est donné à non-Samburu, souvent dans la communauté turkana voisine.

Lerukati souligne: "Beaucoup de décès sont survenus à cause de cet exercice. Mais personne dans la communauté n’en parlera".

Grâce aux efforts de Meriwas, la communauté s'ouvre à la possibilité d'un rite de passage alternatif pour les filles.

"Au lieu que le Moran 'perle' la fille, les femmes jouent lentement ce rôle. Cela signifie que la fille peut porter ses perles sans être à la disposition totale du Moran", explique Meriwas.

Lerukati ajoute: "Le changement est lent, mais se produit. La pratique du port de perles était peu connue au-delà de la communauté samburu. Mais Meriwas a donné l’alerte, à ses risques et périls". (FIN/2013)

 

 

 

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