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ERYTHREE
Pris entre la persécution politique et la misère des camps de réfugiés
Saikou Jammeh

BANJUL , 26 juin (IPS) - En février 2013, Mohamed*, 20 ans, comme des centaines de milliers d'autres Erythréens, a fui la dictature brutale dans ce pays d'Afrique de l'est en quête d'une vie meilleure au Soudan voisin.

Mais pour Mohamed et d'autres comme lui, fuir vers les pays voisins n’a apporté aucune fin à leurs souffrances. Beaucoup d'entre eux sont devenus des victimes de trafiquants d'êtres humains et la famille de Mohamed croit que c'était son destin aussi.

Selon le "Rapport mondial 2013" de 'Human Rights Watch' (HRW), l'Erythrée est en proie à des violations de droits humains, et "la torture, les détentions arbitraires, et de graves restrictions de la liberté d'expression, d'association et de la liberté religieuse demeurent une routine". En outre, le service militaire est obligatoire et peut durer indéfiniment.

'Freedom House', une ONG internationale qui fait des recherches et des plaidoyers sur la démocratie, la liberté politique et les droits de l'Homme, a déclaré dans son rapport intitulé "La liberté dans le monde 2012" que l'Erythrée est l'une des neuf sociétés les plus répressives au monde. Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a annoncé en 2011 que 220.000 des 5,4 millions d'habitants du pays ont fui la persécution dans cette nation.

Mohamed a réussi à traverser la frontière en toute sécurité. Une fois au Soudan, il a téléphoné à sa mère et lui a dit qu'il a pu faire le voyage. Quelques jours plus tard, il lui a téléphoné encore pour lui dire qu'il avait été enlevé. Sa cousine, Eden*, croit qu'il a été enlevé par des criminels qui travaillent en collaboration avec les agents de sécurité du Soudan.

"Sa mère était abattue", a indiqué Eden à IPS depuis Banjul, la capitale de la Gambie, lors d'une récente visite dans ce pays d’Afrique de l’ouest.

"Les ravisseurs de mon cousin demandaient une rançon de 30.000 dollars. Sa mère est pauvre, alors elle a commencé à demander des dons aux gens", a-t-elle dit.

Eden a souligné que la dernière fois que sa famille a appris des nouvelles de Mohamed, c’était lorsqu’il a dit qu'il avait été vendu aux Bédouins d'Egypte.

"Un jour, mon cousin m'a téléphonée de nouveau et disait: 'Regarde maman, je suis handicapé. Pas besoin de payer quoi que ce soit. Je peux ne pas survivre encore longtemps'". Ils n'ont pas appris des nouvelles de lui depuis lors et craignent qu'il soit mort.

Activiste des droits humains et fondatrice de 'Human Rights Concern Eritrea', Elsa Chyrum, a déclaré dans un discours prononcé en janvier au Centre de la communauté érythréenne à Boston, aux Etats-Unis, que l'enlèvement des réfugiés est devenu une pratique courante.

"Cela se fait lorsque les réfugiés innocents sont remis aux plus offrants de la tribu Rashaida (un groupe ethnique arabe en Erythrée et dans le nord du Soudan). Les Rashaidas amènent leurs biens humains jusqu’au Sinaï (une péninsule en Egypte) sous la menace d’armes à feu.

"Dans le Sinaï, ils les donnent aux Arabes bédouins, et les nouveaux venus sont torturés pour révéler l’identité de certains membres d’une famille, souvent dans la diaspora, pour leurs affaires d'extorsion. On dit au membre de la famille que son frère, sa sœur, nièce ou cousin(e) est dans leurs mains, et qu’à moins qu’il verse une certaine somme d'argent, ils seront tués".

Elle a indiqué que les réfugié(e)s enlevé(e)s sont torturé(e)s, violé(e)s et assassiné(e)s - leurs corps utilisés pour recueillir des organes.

Eden a expliqué: "Ceux qui le peuvent versent d'importantes sommes d'argent aux passeurs ou aux hauts responsables en échange d'un passage de la frontière sans danger".

"Le Soudan n'a pas réussi à empêcher son armée de continuer à soutirer de l'argent aux réfugiés et à collaborer avec les ravisseurs, provoquant l'insécurité autour des camps de réfugiés. En Egypte, l'Etat hésite à arrêter les ravisseurs".

Mais pour beaucoup, rester en Erythrée n’est pas une option.

"Depuis 21 ans, l'Erythrée est dirigée par le président Isaias Afwerki, qui a transformé le pays en une gigantesque prison, et l’a isolé au plan régional et international", a déclaré Chyrum à IPS.

"La constitution érythréenne, avec sa grande protection des droits, a été ignorée. Les élections générales, qui avaient été prévues pour 2001, ont été reportées indéfiniment, et l'Assemblée nationale effectivement suspendue".

Un certain nombre d’Erythréens ont été emprisonnés pour leur opposition aux politiques d’Afwerki.

Parmi les détenus, figurent 20 critiques et journalistes éminents et 15 hauts responsables du gouvernement, qui sont gardés au secret depuis une décennie. On craint que certains soient décédés.

"Ce ne sont pas des gens ordinaires", a souligné Chyrum. "Il s’agit de deux anciens ministres des Affaires étrangères, des ambassadeurs, des directeurs de cabinet et des généraux de l'armée qui ont beaucoup fait pour le pays et combattu aux côtés de l'actuel président. Le seul crime qu'ils ont commis était d’avoir demandé au président d’appliquer la constitution".

Les Erythréens souffrent aussi des limitations et restrictions de leur droit à la liberté d'expression et à la circulation. Et il y a peu de tolérance religieuse dans le pays.

"Seuls quatre sectes religieuses sont autorisées dans le pays", a indiqué Chyrum. Il s’agit de l'islam sunnite, de l’église érythréenne orthodoxe, des églises catholique et protestante".

*Les noms ont été modifiés pour protéger l’identité des personnes. (FIN/2013)

 

 

 

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