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NIGER
Des hommes s’engagent en faveur de la santé maternelle
Souleymane Maâzou

NIAMEY, 27 juin (IPS) - Dans la région de Zinder, dans le centre-est du Niger, l’implication des hommes mariés dans la promotion de la santé de la reproduction contribue à l’amélioration de la santé maternelle dans ce pays majoritairement musulman d’Afrique de l’ouest.

"Mon mari ne s’oppose plus aux consultations prénatales, il me laisse fréquenter le district sanitaire. Je suis à mon troisième accouchement suivi par une sage-femme", raconte à IPS, Salamatou Issa, ménagère à Gouré, une localité à l’est de Zinder.

Cette femme de 38 ans a fait sept accouchements. Les quatre premiers avaient été effectués sans assistance médicale parce que son mari lui interdisait d’aller au centre de santé. Deux de ses enfants sont morts pendant l’accouchement.

"Maintenant, c’est lui-même qui m’accompagne souvent à la maternité. Il a été sensibilisé par son ami membre de l’école des maris", a expliqué Issa, le sourire aux lèvres.

Depuis 2007, le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), en collaboration avec le ministère de la Santé publique, met en œuvre une initiative dénommée "école des maris" à Zinder.

"Le but de l’école des maris est d’améliorer les indicateurs de la santé maternelle par un changement de comportement à travers la promotion de la santé de la mère et de l’enfant", déclare à IPS, Hadiza Garba, une sage-femme à Zinder.

Une enquête réalisée en 2011 par le ministère de la Santé publique indique qu’au Niger, le taux de mortalité maternelle est de 554 décès pour 100.000 naissances vivantes. La même source souligne qu’il est l’un des plus élevés au monde.

Dans beaucoup de localités du Niger, de nombreux maris empêchent leurs épouses de fréquenter les centres de santé.

"Ils ne veulent pas supporter les coûts des médicaments ou des examens. D’autres refusent que leurs femmes soient consultées par un personnel médical masculin pour des raisons socioculturelles. Certaines femmes préfèrent également l’assistance d’une mère expérimentée que d’aller dans un centre de santé", explique à IPS, Zakari Hassan, membre de l’école des maris à Gouré.

"Notre rôle consiste à faire comprendre à ces personnes l’importance de la fréquentation des centres de santé à travers la promotion des consultations prénatales, l’accouchement assisté, le planning familial et la vaccination des enfants", a-t-il ajouté.

L’école des maris, à son lancement en 2007, concernait huit localités de Zinder. Aujourd’hui, l’ensemble de la région est couverte avec 130 écoles. Chacune est composée de huit à 12 membres encadrés par le chef du district sanitaire de la localité. Les membres échangent sur les questions de consultations prénatales, de mariages précoces, de la fréquentation des centres de santé et sur la planification familiale.

Selon la direction régionale de la santé publique de Zinder, des résultats probants ont été enregistrés. Par exemple, dans la commune rurale de Bandé, au sud de Zinder, le taux d’utilisation de la planification familiale est passé de deux pour cent en 2007, à 20 pour cent en 2011.

De 29 pour cent en 2006, le taux de la consultation prénatale à atteint 88 pour cent en 2012, ajoute la même source. De même sur l’ensemble de la région de Zinder, le taux de l’accouchement assisté par un personnel médical a atteint 43 pour cent en 2012 contre huit pour cent en 2006.

"L’école des maris a révolutionné les mentalités. Les hommes et les femmes discutent sans tabou de la santé de la reproduction. Ce qui n’était pas le cas avant cette initiative", se réjouit Idi Gambo, chef de village à Gouré.

"L’adhésion à l’école des maris est volontaire. La seule exigence, c’est d’être un mari dont la femme utilise les services de la santé de la reproduction", explique à IPS, Idi Saley, un agent de santé à Zinder.

Selon Maigari Habou, 39 ans, membre de l’école des maris de Guidiguir, à l’est de Zinder, les cérémonies de mariage, de baptême et la fin des séances de prêches sont les occasions qu’ils utilisent pour sensibiliser les populations sur la santé de la reproduction.

"A l’école des maris, il n’y a pas de chef, c’est une dynamique de groupe. Chacun cherche à assimiler les connaissances. Nous nous réunissons chaque deux semaines pour évaluer les résultats et projeter des actions en concertation avec les agents de santé", a-t-il indiqué.

Toutefois, admet-il, beaucoup reste à faire car dans certains villages, il y a encore des poches de résistance. Des maris continuent toujours à empêcher leurs femmes de fréquenter les centres de santé, notamment quand il s’agit des accouchements.

"La meilleure solution réside dans la dotation des maternités en personnel soignant féminin suffisant", suggère Habsatou Abdou, une actrice de la société civile à Niamey, la capitale nigérienne. Elle est également membre de la campagne "Nous pouvons", qui lutte contre toutes formes de violences faites aux femmes. (FIN/2013)

 

 

 

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