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RD CONGO
Des entreprises minières polluent toujours malgré les plaintes des ONG
Maurice Wa Ku Demba

LUBUMBASHI, 18 juil (IPS) - L’activité minière s’intensifie au Katanga, dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC). Des usines de traitement des minerais sont implantées même dans des quartiers résidentiels, provoquant une pollution inquiétante de l’air, de l’eau et de la végétation.

«Vers 18 heures, cette usine dégage dans l’atmosphère une odeur piquante qui provoque l’irritation de la gorge et la toux», déclare à IPS, un habitant du quartier Kabetsha, à Lubumbashi, la capitale de la province du Katanga. L’usine indexée raffine des minerais cuprifères sur place depuis 2003. Mais les rejets qui en sortent, débordent leurs bassins et se déversent dans la nature.

Les habitants des quartiers environnants de cette usine affirment que leur végétation ne pousse plus comme avant. Les plantes ont des feuillages flétris, et l’eau des puits devient noirâtre.

«Plusieurs fois, nous avons voulu rencontrer les responsables de cette société. Mais jamais, ils ne nous ont reçus», raconte à IPS, Marcel Yamba, un voisin de l’usine incriminée.

A 30 kilomètres à l’ouest, dans le territoire de Kipushi, les rivières Kipushi et Kafubu n’ont plus de poisson. En mai et juin 2011, la population avait aperçu des poissons morts y flotter. Quatre fermes qui longent ces rivières ont arrêté leurs activités agricoles et piscicoles.

«Il n’y a plus ni poissons dans nos étangs, ni cultures qui poussent dans nos plantations jusqu’ici», affirme à IPS, Evariste Mputu, un fermier victime de la pollution.

La société civile de Kipushi accuse deux entreprises minières de la place. «Elles y déversent des eaux contenant du cyanure et de l’arsenic qui détruisent la vie aquatique et la végétation», rapporte à IPS, Pierre Banza, un activiste de la société civile.

La mort des poissons dans les rivières Kipushi et Kafubu avait interpellé les dirigeants politiques du Katanga. «Le Conseil des ministres (de la province), conscient de la gravité des faits, a fait appel à une entreprise spécialisée dans les études toxico-environnementales. Ainsi, tous ceux qui seront formellement reconnus comme auteurs de cette pollution seront sévèrement sanctionnés» indiquait le communiqué de ce conseil, le 29 juillet 2011.

Près de deux ans après, aucune promesse du gouvernement provincial n’est tenue, s’indigne le fermier Ivan Ngandu. «Ces politiques ont des actions dans ces entreprises. Comme les loups ne se mangent pas entre eux, je ne sais plus s’ils peuvent revenir sur ce dossier», affirme-t-il, désespéré.

Des organisations non gouvernementales (ONG) ont documenté ces cas de pollution et la presse en a aussi fait un large écho. Dans son rapport de novembre 2012, le Centre Carter, une ONG américaine, déplorait la pollution de l’eau, du sol et des plantes comestibles à Lubumbashi.

Cette ONG indique avoir enregistré, après analyses - dans un laboratoire belge - des échantillons de l’eau des puits, du sol et des plantes comestibles prélevés dans certains quartiers, des concentrations en plomb, cadmium et zinc largement supérieures à la normale.

De son côté, l’ONG Réseau des ressources naturelles (RRN) a décidé d’aller en justice contre ces pollueurs, en 2012.

«Nous avons un dossier au tribunal de Kipushi où deux entreprises et l’Etat congolais sont mis en cause pour la pollution des eaux, de la terre et de l’air. Un autre dossier est au tribunal de Lubumbashi pour pollution avec de l’acide sulfurique», confie à IPS, Sabin Mande, le coordonnateur du RRN. «Un troisième est à la Cour suprême de justice où nous sollicitons l’annulation des titres qui donnent à certaines entreprises le droit de mener leurs activités dans des aires protégées».

D’autres ONG aident des victimes de pollution à accéder à la justice et leur proposent des avocats pour les défendre. Mais selon les activistes, aucun dossier n’a abouti et cela prend trop de temps. Le président provincial de l’Association africaine des droits de l’Homme (ASADHO), Jean-Claude Baka, déclare que les procédures sont en toujours en cours dans les tribunaux.

Concernant la plainte relative aux rivières Kipushi et Kafubu, par exemple, Baka, dénonce l’ingérence politique. «Le dossier a été versé au rôle général (en veilleuse) et son instructeur permuté», affirme-t-il à IPS, se fondant sur les résultats des enquêtes menées par l’ASADHO depuis août 2012 pour son rapport annuel qui sera rendu public en août 2013.

«Nous devrions débattre de la pollution depuis longtemps au parlement. Chaque fois, la majorité au pouvoir qui a, en son sein, des parrains des entreprises incriminées, vote contre ce genre de débats», confie à IPS, Fabien Mutomb, un député de l’opposition.

Freddy Kitoko, un avocat basé à Lubumbashi, rappelle à IPS qu’en 2004, suite à d’anciennes plaintes des ONG, le gouverneur du Katanga avait ordonné la délocalisation d’une raffinerie de minerais implantée au-dessus d’une nappe aquifère. Mais le pouvoir politique central a fait échec à cette décision.

Cette opinion est rejetée par Elie Ngala Mulume, un député membre de la mouvance au pouvoir et actif dans les mines. «S’il y a des cas avérés de pollution, les victimes n’ont qu’à saisir la justice et la laisser faire son travail», dit-il à IPS.

Mais lors d’une visite dans certaines entreprises minières début-juillet, le ministre provincial de l’Environnement, Audaxe Sompwe, a reconnu devant la presse: «Il y a des entreprises qui ne respectent presque rien. Elles devront tenir compte des enjeux environnementaux». Il a promis d’assurer le suivi par ses services pour voir si les entreprises respectent leur plan de gestion environnementale.

Mais, son discours ne rassure pas les ONG et la population. «Ce qu’il faut pour l’heure, ce sont des actions», souligne à IPS, Frédéric Lumbala, président de l’ONG Monde vert. (FIN/2013)

 

 

 

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