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AFRIQUE AUSTRALE
Montrer la voie dans le domaine de l’eau
John Fraser interviewe le professeur ANTHONY TURTON, un membre du Conseil de gestion des eaux d'Afrique australe.

JOHANNESBURG, 20 août (IPS) - L'eau reste un élément clé dans la politique de développement. Et, comme la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) discute de la meilleure façon de développer la région, la gestion efficace des cours d'eau sera essentielle, déclare le professeur Anthony Turton.

Turton est l'un des plus grands experts de la politique de l'eau en Afrique australe et un membre du Conseil de gestion des eaux d'Afrique australe.

La SADC a un plan ambitieux de développement régional de 500 milliards de dollars qui vise à développer les routes, chemins de fer, et les ports de la région. La production d'énergie, et l'établissement de lignes de communication et des systèmes météorologiques ont également été décrits comme importants pour le développement de la région.

Turton a indiqué dans un entretien avec à IPS que le Protocole de la SADC sur l’eau, qui décrit la mise en œuvre pratique de la gestion, la protection et l'utilisation des cours d'eau partagés dans la région, est globalement considéré comme un exemple de modèle d'intégration régionale de l'eau. Actuellement, environ 70 pour cent des eaux de la région sont partagées entre deux ou plusieurs pays.

"L'énergie est une contrainte pour le développement national dans beaucoup de pays, mais si le potentiel hydroélectrique de la SADC est pleinement réalisé, alors la sécurité énergétique régionale remplacera les carences nationales", a souligné Turton.

"Pour ce faire, nous avons besoin [d’une coopération] régionale sur l'eau, ce qui explique pourquoi le Protocole de la SADC sur l’eau a été signé le premier après que l'Afrique du Sud a adhéré au groupe. Le secteur privé commence maintenant à participer, notamment dans les secteurs de l’exploitation minière et de l'agro-industrie, où les contraintes de l'eau et de l'énergie sont reconnues".

Voici quelques extraits de l’interview:

Q: Quels sont les antécédents de la coopération passée, en termes de succès du côté plus ou de l'inefficacité et de celui de la corruption?

R: La région de la SADC est souvent citée dans le secteur mondial de l'eau comme étant le meilleur exemple de coopération en matière de l'eau dans la gestion des ressources transfrontalières. Le Protocole de la SADC sur l’eau est le document de base pour l'intégration régionale de la SADC, et sert le même objectif que celui des premiers accords sur le charbon, le fer et l'acier dans la création de la Communauté économique européenne et plus tard de l'Union européenne. La coopération sur les eaux partagées dans la SADC est donc forte.

Concernant la corruption, le meilleur cas est celui de [Masupha] Sole qui était un haut responsable au Lesotho inculpé et emprisonné pour des affaires de corruption impliquant de grandes entreprises de construction dans les années 1980 et 1990, dont certaines étaient en Afrique du Sud. Cette affaire est devenue l'un des premiers cas au monde à obtenir une condamnation, alors je pense que c'est en réalité une bonne histoire.

Q: En termes pratiques, des projets d'eau régionaux futurs/potentiels salutaires quelconques viennent-ils à l'esprit?

R: Sur une grande échelle, il existe de grands projets de transfert interbassins tels que le 'Lesotho Highlands' entre le Lesotho et l'Afrique du Sud; le 'North-South Carrier' au Botswana; le 'Eastern National Water Carrier' en Namibie et le projet Cunene-Cuvelai entre l'Angola et la Namibie. Un autre projet intéressant, c’est la première usine de dessalement à Trekopje en Namibie. Je crois que ce sera le premier des nombreux (projets) dans la région de la SADC.

Q: Croyez-vous que le changement climatique soit une menace réelle pour la région, et si c’est le cas, comment pourrait-il avoir un impact?

R: En bref, oui. La concentration du gaz à effet de serre est susceptible d’augmenter les températures ambiantes de quatre et peut-être même de six degrés Celsius dans certaines parties de l'Afrique australe - supposant qu’une hausse mondiale de deux degrés Celsius est "acceptable". Cela modifiera fondamentalement le taux de conversion des précipitations en eau de ruissellement, mais cela augmentera également les pertes par évaporation des eaux des barrages.

Une stratégie d'atténuation appropriée, c’est le Stockage et la récupération des aquifères (ASR), (appelé aussi Recharge des aquifères gérés – MAR), aujourd’hui une technologie dominante dans des endroits comme la Californie, le Texas et l'Australie, mais pas encore répandue dans la région de la SADC.

Je travaille actuellement avec un fournisseur australien de technologie pour introduire cela au Botswana. Cette technique stocke l'eau souterraine plutôt que dans les barrages, empêchant les pertes par évaporation et améliorant ainsi de façon considérable le rendement durable d'un système donné.

Q: Pourquoi y a-t-il une nécessité pour les pays de la SADC de coopérer sur les questions de l'eau?

R: Les quatre pays les plus divers économiquement en Afrique australe sont très limités en eau (Afrique du Sud, Botswana, Namibie et Zimbabwe), alors que certains des pays voisins ont de l'eau en abondance (Angola, République démocratique du Congo, Zambie). L'eau est pour la SADC ce que le charbon, le minerai de fer et l'énergie étaient pour la création de la Communauté économique européenne (devenue plus tard Union européenne).

La coopération en matière d'eau dans la région de la SADC facilitera l'intégration régionale pour atténuer ces risques en permettant à la sécurité régionale pour l'eau, la nourriture et l'énergie d’être assurée au niveau régional plutôt qu'à l’échelle nationale. (FIN/2013)

 

 

 

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