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CAMEROUN
Les paysans prennent leur destin en main
Dorine Ekwè

YAOUNDE, 21 août (IPS) - Un bébé dans les bras, un sourire aux lèvres, Emmanuelle Zanga est heureuse du dénouement de 12 mois de labeur et de négociations. Elle préside un Groupement d’initiatives communes (GIC) à Mfou, au Cameroun, qui vient d’acquérir un matériel de transport local.

Le 17 août, les 20 femmes membres du GIC de cette ville située à 27 kilomètres au sud de Yaoundé la capitale, ont pu acheter, grâce aux cotisations du groupement, 10 pousse-pousse coûtant un million de francs CFA (environ 2.000 dollars) pour transporter leurs récoltes. Elles produisent du manioc, du macabo, des arachides et le plantain.

«C’est une avancée notable. Avant, nous transportions les récoltes dans des hottes», affirme-t-elle à IPS. Dans la ville de Mfou, comme dans l’ensemble du pays, les paysans doivent très souvent se débrouiller, par leurs propres moyens, pour développer leurs exploitations agricoles et transporter leurs produits, faute de subventions de l’Etat.

La célébration, le 11 juillet, du 10ème anniversaire de la Déclaration de Maputo dans laquelle les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’Union africaine s’engageaient à allouer au moins 10 pour cent de leur budget national à l’agriculture et à l’élevage, ne change pas encore grand-chose pour les agriculteurs camerounais.

Samuel Ndjifo, président de l’Union des coopératives de producteurs agropastoraux pour le développement du Cameroun, estime que, bien que le pays se soit engagé à mettre en œuvre cette recommandation au cours de la prochaine année budgétaire, «il faut attendre avant de se prononcer».

Ndjiffo déclare à IPS: «Nos dirigeants prononcent de bonnes paroles. Ce que nous attendons, ce sont de bons actes. Nous travaillons encore à la main car, acheter un tracteur à 25 millions FCFA (50.000 dollars) n’est pas facile».

Au Cameroun, l'agriculture représente plus de la moitié des recettes d'exportation non pétrolières et emploie presque 60 pour cent de la population active, selon les statistiques de juillet 2013 de la Banque mondiale. Elle contribue pour environ 35 pour cent au produit intérieur brut du pays.

Selon la banque, 90 pour cent des ménages ruraux sont, d’une façon ou d’une autre, employés dans l'agriculture, et environ un tiers d'entre eux gagnent leur vie grâce aux cultures d'exportation de ce pays d’Afrique centrale.

Face à cette situation, les producteurs camerounais s’organisent du mieux qu’ils le peuvent, alors que l’Etat peine à financer l’agriculture à hauteur de cinq pour cent, comme l’affirme à IPS, Hozier Nana Chimi, le secrétaire général du Service d’appui aux initiatives locales de développement (SAILD), une ONG de développement, basée à Yaoundé.

«Nous avions trop de problèmes à évoluer chacun dans son coin. Nous n’avons pas de banques agricoles. Ce sont les établissements de micro-finance qui nous octroient des crédits à court terme avec de forts taux d’intérêt, la commercialisation des produits est de plus en plus difficile», explique à IPS Adama Agba, déléguée de la Fédération des agriculteurs pour le développement rural de l’Adamaoua (FADERA), une région du nord du pays.

Dans cette région du Cameroun, la superficie moyenne couverte par un agriculteur est de 2,5 hectares. Agba souligne à IPS: «Il est important, pour chaque producteur, de diversifier les cultures; cela permet de hausser les rendements. Dans le même temps, l’engrais le moins cher coûte 22.000 FCFA (44 dollars) le sac de 20 kilos. Et si on a des cultures spécialisées, il faut dépenser à partir de 25.000 FCFA (50 dollars)», ajoute-t-elle.

Les 2.000 paysans qui composent la FADERA paient des frais d’adhésion fixés à 20.000 FCFA par GIC. Cet argent permet d’organiser des formations et de sensibiliser les producteurs aux techniques agricoles. Le groupe qui compte une centaine GIC, veut se muer en coopérative de production.

«L’idée ici, explique Agba, c’est de faire en sorte que chacun puisse apporter sa contribution. Dans les GIC, il y a des personnes qui s’amusent à ne pas cotiser, mais profitent de l’apport collectif».

Selon Mariam Haman Adama, la coordinatrice du Conseil régional des organisations paysannes de la partie septentrionale du Cameroun, dans une zone où on sème entre deux pierres, se mettre en association permet de mieux défendre les intérêts communs.

«On est plus outillé quand nous travaillons en groupe qu’isolés. Nous misons sur la commercialisation groupée. Ainsi, nous ne pouvons pas nous faire avoir par de grands commerçants», indique-t-elle à IPS.

Le SAILD a lancé les «Agric Awards» cette année: une compétition annuelle pour créer l’émulation et récompenser les meilleurs agriculteurs et les meilleures organisations paysannes.

«Le gouvernement a établi que l’agriculture est au cœur de la stratégie de développement de l’emploi. Seulement, malgré les divers programmes initiés, rien de concret. On nous a parlé de la création d’une usine d’engrais; la banque agricole continue de se faire attendre ainsi que la mécanisation», déplore Nana Chimi, du SAILD.

Le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Essimi Menye affirme avoir pris acte de ces critiques. Parlant de mécanisation avec la presse, il déclare: «Il y a eu planification à l’envers. Pour mener l’agriculture de seconde génération dont nous rêvons, il faut des terres et des bassins de production, et des routes désenclavées».

«Il faut former les agriculteurs à l’utilisation des engins mécaniques dans cette phase de l’agriculture locale», ajoute-t-il. (FIN/2013)

 

 

 

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