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LIBYE
La tentation du fédéralisme au sud
Maryline Dumas

SEBHA, Libye, 17 sep (IPS) - «Le gouvernement ne fait pas attention à nous car nous sommes du sud». Cette déclaration faite à IPS sous un cheich blanc par Mohamed Salah Lichekh, chef du conseil local d’Oubari (sud de la Libye), le 7 septembre, résume l’opinion de la plupart des Libyens de cette région.

Ce sentiment commun dans le sud de la Libye - d'être oublié de Tripoli, la capitale – a un avantage: réunir les trois ethnies – les Arabes, les Toubous et les Touaregs - du Fezzan (région du sud) face à l’Etat libyen.

Si ces trois groupes ethniques ont connu des heurts après la révolution qui a mis fin au régime de Mouammar Kadhafi en 2011, ils vivent aujourd’hui dans un calme relatif et unis contre un gouvernement qu’ils accusent de tous les maux, à commencer par son absence dans la région.

Oubari est une ville à majorité touarègue à 200 kilomètres à l’ouest de Sebha, la capitale du Fezzan. Dans cette ville de 40.000 habitants, les problèmes de réseau téléphonique sont courants. La présence de la police sur les routes cabossées est rare. «Mon cousin est policier, mais il ne va au commissariat que pour toucher sa paye», déclare à IPS un Libyen qui a requis l’anonymat.

Rien d’anormal à cette situation dans cette région vraiment à part. Le chef du conseil local à Sebha, Ayoub Zaroug, confirme: «Le chef de la police m’a expliqué que ses hommes ne veulent pas travailler car ils ont peur».

Le constat est identique à Mourzouk, le district le plus au sud du Fezzan. Dans cette zone à majorité touboue, les services publics manquent cruellement.

Chef d’Agar, un petit village arabe de Mourzouk, Ibrahim Ahmed raconte à IPS: «Hier [3 septembre], il y a eu un incendie. Nous n’avons pas de pompier, donc nous avons appelé la ville de Mourzouk. Eux non plus n’en avaient pas». Il résume: «Nous n’avons rien: ni armée, ni police capable de travailler. Notre commissariat manque de voiture, de radio, il n’a aucun soutien de Tripoli. En fait, tous les services publics souffrent».

Face à ces manques, les Libyens du sud ont appris à se débrouiller, développant des systèmes parallèles, fondés sur un mode de vie tribal, comme l’indique à IPS, Agila Majou, un représentant de la tribu arabe Ouled Slimane: «Aujourd’hui, nous réglons les problèmes entre tribus, puisque le gouvernement en est incapable».

Par exemple, à Qahira, un quartier pauvre de Sebha, c’est «un groupe de 60 personnes, constitué de révolutionnaires et d’habitants bénévoles» qui assure la sécurité, selon le chef toubou de ce bidonville, Adam Ahmed. «Ils font les rondes avec leurs propres armes. En cas de problème, les leaders des tribus se réunissent», indique-t-il à IPS.

Ahmed ajoute que la plupart des criminels partent se cacher dans des bâtiments en construction abandonnés pendant la révolution par une société indienne: «On sait où ils sont, mais personne ne les arrête».

«Et même s’il y a des arrestations... Nous avons demandé trois fois au gouvernement de rouvrir le tribunal. Nous n’avons pas reçu de réponse», affirme, agacé, Youssef Souri du conseil local de Mourzouk. «Lorsqu’un vol est commis, si la personne est arrêtée, elle passe quelques jours en prison. Sa famille se porte ensuite garante, paye une caution, qui sera rendue lors du procès».

En cas de crime, le procédé diffère: «Les meurtriers sont envoyés à Sebha où les juges repoussent sans cesse leur jugement par crainte de représailles», affirme Souri à IPS.

Cette autonomie de fait donne des idées à certains habitants: pourquoi ne pas se prononcer pour une fédération libyenne? Cette idée, très présente en Cyrénaïque (est de la Libye), commence à germer dans les esprits des gens du sud.

C’est le cas d’Ibrahim Youssef, dirigeant d’une association à Mourzouk: «Je suis fédéraliste, car je veux que le Fezzan profite de ses richesses alors que pour le moment, tout part à Tripoli. Mais je veux une vraie fédération, pas trois pays comme [le pensent] les gens de l’est».

Chargé de la sécurité à Mourzouk, le colonel Wardacoo Barca reconnaît avoir «rencontré des fédéralistes de l’est». Cependant, il déclare à IPS: «Nous allons nous réunir fin-septembre avec les Touaregs pour rédiger une demande auprès du gouvernement».

«Nous voulons que l’argent gagné grâce au pétrole du Fezzan nous revienne et, également, une meilleure représentation au sein du gouvernement et des délégations diplomatiques. Si Tripoli ne répond pas, nous soutiendrons une fédération», explique-t-il. «Si nous revendiquons un état fédéral, nous sommes convaincus que tous nos pays voisins africains nous soutiendront».

Sous son cheich (foulard) jaune, Barca ajoute: «Ce que nous voulons vraiment, c’est un gouvernement présent partout... et une certaine reconnaissance».

Chez les Touaregs, la reconnaissance passerait également par la nationalité. Membre de la Commission de réconciliation d’Oubari, Jeli Ali souligne que 14.000 familles touarègues, ne pouvant prouver le lieu de naissance de leurs aïeux, n’ont pas reçu le "numéro national libyen" - essentiel pour aller à l’université ou toucher un salaire de fonctionnaire.

«Nous sommes victimes de racisme», déclare, énervé, Ali qui est un Touareg. «Qui sont les habitants originels de la Libye? Pas les Arabes, mais les Touaregs, les Toubous et les Berbères. Nous avons la terre comme preuve de notre nationalité, eux, ils ont un papier», affirme-t-il à IPS.

Sûr de son bon droit, Ali avertit: «Nous ne nous laisserons pas faire. L’histoire montre que les droits finissent par s’obtenir, par la force si nécessaire!» (FIN/2013)

 

 

 

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