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CAMEROUN
Les produits 'OGM' au cœur du débat agricole
Dorine Ekwe

YAOUNDE , 30 sep (IPS) - Dans son village Obala, dans le sud du Cameroun, Jean Olinga explique à ses fils les rudiments de l’utilisation du maïs hybride, indiquant que cette variété est élaborée à l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD) à Yaoundé, la capitale.

Olinga, qui est un producteur agricole, ajoute que la commercialisation de cette variété de maïs a débuté en 2010 dans ce pays d’Afrique centrale. Selon lui, grâce aux semences hybrides, elle a un rendement de huit à 10 tonnes à l’hectare, contrairement à la variété composite la plus utilisée sur le marché local et qui produit quatre à six tonnes de maïs à l’hectare.

Sur l’accès aux semences hybrides, Olinga déclare ne pas avoir de difficultés. «Quand j’ai besoin de m’en procurer, je vais à l’IRAD pour avoir des semences de bonne qualité», dit-il à IPS, le 21 septembre.

Toutefois, selon des organisations locales de la société civile, cette variété de maïs n’est pas très éloignée du maïs dit transgénique dont l’utilisation reste interdite au Cameroun.

Bernard Njongang, président de l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs, explique à IPS: «Ce n’est pas une variété à la disposition de tous. Un kilogramme de maïs hybride se vend à près de trois dollars (1.300 francs CFA) contre un peu plus d’un dollar (650 FCFA) pour le maïs composite qui est le plus utilisé à travers le pays».

«Ce maïs hybride a de fortes contraintes, les mêmes d’ailleurs que le maïs transgénique, en termes d’utilisation d’engrais et de pesticides», ajoute Njongang.

Face à ces exigences, l’introduction, ou non, des organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l’agriculture locale, est revenue au cœur des débats. En effet, une étude présentée en juillet 2013 par des chercheurs en biotechnologie de l’Université de Yaoundé I, indique que près de 25 pour cent des denrées alimentaires importées par le Cameroun contiennent des OGM. Parmi ces produits, figurent notamment les huiles de table, la sardine et le riz.

Les promoteurs des OGM estiment qu’il devient urgent de se référer à ce type d’agriculture, pour combattre l’insécurité alimentaire et la famine. Selon les dernières estimations du bureau local du Fonds des Nations Unies pour l’enfance, un enfant sur trois souffre chaque année de famine au Cameroun.

L’agriculture transgénique permettra, selon eux, de subvenir aux besoins alimentaires des populations. «En introduisant les OGM dans notre agriculture, nous pourrons augmenter le rendement tout en rendant les plantes capables de produire leur propre 'biopesticide' et de capter, dans l'air, l'azote dont elles ont besoin. Car la population croît plus vite que les biens alimentaires», explique à IPS, Hortense Dodo, experte en biotechnologie.

Une voie que les paysans sont tentés de suivre: «Avec le maïs composite, nous arrivons à peine à faire des récoltes de quatre tonnes par hectare, alors que ceux qui ont les moyens d’utiliser le maïs hybride doublent leur production. Si les OGM avaient été introduits au Cameroun, nous aurions pu faire des récoltes allant à 11 tonnes sur un hectare», confie à IPS, Joël Ondobo, cultivateur dans la région du Centre. «Il faut que le gouvernement trouve une solution à ce problème».

Selon Dodo, «c’est un devoir scientifique que de mettre la pression sur les parlementaires afin de voter les lois sur la biosécurité et apporter un plus à l’agriculture nationale».

Le ministère de l’Agriculture se dit ouvert au développement des biotechnologies, pour les perspectives d’autosuffisance alimentaire. Mais, Sylvestre Ndongo, responsable de la communication du programme maïs explique à IPS: «Ces semences [du maïs hybride] n’ont rien à voir avec les OGM. Elles sont mises au point à l’IRAD avec l’autorisation du gouvernement. Les manipulations ne sont pas les mêmes que pour le maïs OGM».

En 2010, la principale entreprise agroindustrielle du pays, la Société de développement du coton (SODECOTON), comptait sur les OGM pour booster sa production de 30 pour cent. Seulement, la loi relative aux OGM, adoptée en avril 2003 par le parlement n’est pas encore entrée en vigueur, son décret d’application n’ayant pas encore été pris par le gouvernement camerounais. Ce qui retarde la mise en œuvre du plan d’action de la SODECOTON.

Au Comité national de biosécurité, un responsable qui a requis l’anonymat, explique la lenteur dans la prise du décret d’application par le fait que la loi doit être révisée par des juristes étrangers qui pourraient y corriger d’abord certaines insuffisances.

Samuel Essoungou Ndemba, président de l’Association camerounaise pour la défense des consommateurs, déclare à IPS être favorable à la mise en œuvre de cette loi qui, dit-il, pourrait grandement aider le pays à lutter contre la famine si elle est bien élaborée et bien appliquée. Cependant, en l’état actuel, admet-il, la loi «comporte de nombreuses insuffisances susceptibles de fausser le débat».

Mais, Njongang souligne: «Les semences OGM ne sont accessibles qu’aux grands exploitants dont les exploitations font entre 200 et 500 hectares. Si de petits producteurs les utilisent, ils auront du mal à rentrer dans leurs frais. Les techniques agricoles dans ce domaine sont très rigoureuses et, contrairement à ce que pensent les producteurs, ils ne sont pas encore assez outillés pour s’en servir».

Sur la relation entre les OGM et la santé humaine, Ariane Mendouga, la présidente de l’ONG Populations saines, affirme à IPS: «Jusque-là, rien n’a prouvé que ces transformations puissent affecter la santé des consommateurs. Seulement, il est évident que toutes ces manipulations et les différents produits chimiques utilisés peuvent être à l’origine de maladies graves». (FIN/2013)

 

 

 

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