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HAITI
Toujours dans l’attente d’un toit, quatre ans après le tremblement de terre
Jane Regan et Milo Milfort

CARREFOUR, Haïti, 22 jan (IPS) - Mimose Gérard est assise dans sa tente au camp de Gaston Margron, entourée de grands sacs remplis de bouteilles plastiques. Elle gagne juste quelques pence pour chaque bouteille, mais c'est mieux que rien.

"Je vis dans le camp depuis le 13 janvier 2010, lorsque j'ai été installée avec une tente. Cela a été une existence douloureuse", déclare-t-elle à IPS. "Je suis juste une personne ordinaire sur cette portion de terre. Je n'ai nulle part où aller".

La collecte des bouteilles pour les recycler constitue le moyen de subsistance d'au moins une dizaine de personnes dans ce camp situé à Carrefour, à l’extrême sud de Port-au-Prince, la capitale du pays, où vivent près de 800 familles. Quatre ans après le tremblement de terre, il y a encore environ 300 camps de personnes déplacées à l'intérieur (PDI), essentiellement éparpillés autour de la région de la capitale, et dans un nouveau grand bas-quartier sur des pentes désertiques à l’extérieur de la ville.

Gérard est âgée de 57 ans et a 11 enfants. Elle fait aussi la lessive pour gagner quelques sous en plus. Ses mains sont rugueuses et gercées.

"Les conditions sont inhumaines, mais nous n'avons nulle part où aller. Ceux que leurs familles ont aidés sont partis. Mais je n'ai pas quelque chose du genre, alors je reste", affirme-t-elle.

Gérard a ajouté que les habitants sont également contraints de consommer de l'eau non traitée - dans un pays en proie à une épidémie de choléra.

"Nous n'avons pas de toilettes. C'est là où les gens jettent leurs sacs de matières fécales", indique-t-elle, montrant une zone couverte de mauvaises herbes où les habitants vident ou se débarrassent des petits sacs plastiques utilisés comme "toilettes portables" dans la nuit, lorsqu’il peut être dangereux que l’on quitte sa tente.

En plus des voleurs, les habitants du camp doivent faire face à la police et aux hommes armés qui travaillent pour les propriétaires terriens.

"La police essaie de nous forcer à quitter le camp", a affirmé Gérard. Les agents de police surgissent et tirent en l'air, tentant d'effrayer les habitants. "Le propriétaire lui-même est venu à trois reprises".

Selon l'ONU, les habitants dans près d'un tiers des quelque 300 camps restants risquent l'expulsion.

Le 11 janvier, la veille du quatrième anniversaire du tremblement de terre, un incendie a détruit les quelque 100 tentes et cabanes dans un camp à Delmas, non loin du centre-ville de Port-au- Prince. Quatre personnes - une femme de 38 ans et trois petits enfants - ont été brûlés à mort et des dizaines de personnes blessées.

En dehors du transport de quelques victimes à l'hôpital public et la distribution de matelas, les autorités municipales et fédérales n'ont pas fait de déclarations, elles n’ont pas non plus lancé une enquête sur l'origine de l'incendie que beaucoup considèrent comme volontaire. Le domaine appartient à une imprimerie haïtienne.

"Quatre personnes sont mortes dans l'incendie, dont trois jeunes enfants, tandis que près de 30 autres ont été hospitalisées pour des brûlures. Tous les abris de fortune des 108 familles qui vivaient dans le camp ont été complètement détruits par les flammes, ainsi que leurs affaires personnelles", a indiqué 'Amnesty International' dans un communiqué publié le 17 janvier.

Sanon Renel, président du Front pour la réflexion et l'action sur le logement (FRAKKA), une coalition, a déclaré que cet incendie meurtrier et l'absence de réponse officielle ne présagent rien de bon.

"Il semble que le secteur privé intensifie ses expulsions", a-t-il souligné à IPS. "Ils se rendent compte que le gouvernement soutient pratiquement leurs actions, donc ils peuvent faire ce qu'ils veulent".

"C'est répugnant de voir comment les autorités traitent les gens à cause du simple fait qu'ils sont pauvres", a-t-il poursuivi. "Elles ne les considèrent pas comme des êtres humains. Je pense qu'elles les voient comme des animaux".

Quatre années par rapport à 35 secondes

Quelque 35 secondes. C'est tout ce qu'il a fallu au tremblement de terre de magnitude 7,0, qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010, pour tuer près de 250.000 personnes, effondrer presque 500.000 bâtiments - laissant 1,5 million de personnes sans-abri - et déclencher des dégâts très répandus. Le coût des dégâts pour le secteur du logement seul était estimé à environ 2,5 milliards de dollars.

Quatre ans plus tard, quelque 200.000 personnes sont encore coincées dans des camps, comme Gérard. Seulement 7.515 nouveaux logements définitifs ont été construits alors que 27.000 ont été réparés, et environ 55.000 familles ont reçu des paiements ponctuels d'environ 500 dollars pour quitter les camps.

Mais un an plus tard, ces familles "sont confrontées à une autre crise de logement puisque leur allocation de logement est finie", a indiqué une étude récente de l'Institut pour la justice et la démocratie en Haïti, basé à Washington.

Un plan du gouvernement américain visant à construire 15.000 nouveaux logements a réduit ses objectifs de plus de 80 pour cent, selon le Centre de la politique économique et de recherche (CEPR). Aujourd’hui, ce plan est de construire seulement 2.500 logements. Bien que l'Agence américaine pour le développement international (USAID) ait construit plus de 900 logements en Haïti, elle a décidé d’une suspension.

Au total, sur les 6,43 milliards de dollars déboursés par les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux à Haïti de 2010 à 2012, seulement neuf pour cent sont passés par le gouvernement haïtien tandis que le reste est allé vers des entrepreneurs étrangers.

"C'est une affaire vraiment rentable pour que les entrepreneurs américains profitent de cette catastrophe pour se faire de l'argent", a déclaré à IPS, Dan Beeton, un responsable du CEPR. "C’était une occasion pour transformer une catastrophe en quelque chose qui pourrait profiter aux Haïtiens pendant qu’ils reconstruisent leur propre pays, mais ils ont été tout simplement court-circuités".

Marie llien, 45 ans et mère de quatre enfants, vit aussi dans le camp de Gaston Margron. Elle lave des bouteilles pour subvenir à ses propres besoins ainsi qu’à ceux des deux enfants qui vivent avec elle.

"Je ramasse des pots dans la rue et obtiens 20 à 25 gourdes [46 à 57 cents]", indique-t-elle. "Tous les matins, lorsque nous nous réveillons, nous ramassons des sacs de matières fécales et allons les jeter dans un trou. L'odeur nous empêche de faire la cuisine".

Comme Gérard, Ilien déplore le manque d'eau potable.

"Lorsque le camp était construit pour la première fois, nous avions de l'eau potable, mais pas plus", explique-t-elle. "L'eau que nous buvons n'est pas bonne".

Sans surprise, Ilien et d'autres habitants du camp ont peur d'être infectés par l'une quelconque des maladies transmises par l'eau en Haïti, en particulier le choléra. Des études menées par plusieurs autorités, dont les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), indiquent que les bactéries ont été amenées en Haïti par les Casques bleus népalais qui font partie de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) forte de 9.500 soldats.

Amenée dans le pays en octobre 2010, elle a infecté à ce jour près de 700.000 personnes, tuant près de 8.500 d'entre elles. Les CDC indiquent qu’environ deux personnes par jour continuent de mourir du choléra. Bien que les agences de l'ONU le considèrent comme une épidémie et une crise humanitaire, jusque-là, l’organisation refuse des demandes de dédommagement.

"Le choléra et le logement sont en train d’être ignorés, pourtant ils sont indissociables", affirme Beeton. "Il n'y a pas d'eau potable, alors la maladie se propagera. L’éradication du choléra est aussi un manque de volonté politique".

* Avec un reportage supplémentaire de Lorraine Farquharson aux Nations Unies. (FIN/2014)

 

 

 

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