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ZIMBABWE
Hausse de la grossesse chez les adolescentes
Thandeka Moyo

BULAWAYO, 27 mars (IPS) - Elle n'a que 17 ans, mais chaque matin est un rappel de ses pertes dans la vie. Comme Jolie Nyathi* s’efforce pour sortir du lit, nourrit son bébé, le mettre au dos et courir au marché pour acheter des légumes pour les vendre dans les rues de Bulawayo, au Zimbabwe, elle souhaite sa vie soit différente.

"Il n'y a rien d'extraordinaire à être une mère adolescente", a-t-elle déclaré à IPS. "Je souhaite que je pourrais inverser les mains du temps et retourner à l'école et être comme n'importe quelle autre fille".

Il y a cinq ans sa mère est morte et Nyathi est allée vivre avec sa grand-mère, qui gère un shebeen (un bar informel) à Tsholotsho, à 116 kilomètres au nord-est de Bulawayo, la deuxième ville plus grande du Zimbabwe.

A 14 ans, elle a été violée par un client de shebeen. "J'essayais de demander l’aide de ma grand-mère mais elle menaçait de me jeter dehors", a-t-elle indiqué à IPS.

Peu après, la grand-mère a forcé la jeune fille dans la prostitution avec des clients. "Je ne sais plus le nombre d’hommes avec qui j'ai couché et je ne me protégeais pas", a souligné Nyathi.

En 2012, elle s'est enfuie à Bulawayo, où elle a vécu dans les rues et a survécu grâce au commerce du sexe. Deux mois plus tard, elle s’est retrouvée enceinte et on lui a dit au centre de santé qu'elle était séropositive. Un pasteur lui a trouvé un abri, et Nyathi a commencé le traitement anti-rétroviral (ARV) à l'hôpital de Mpilo.

"Par la grâce du Seigneur, mon bébé est séronégatif", a déclaré Nyathi.

Elle vit avec un parent, mais se bat pour suivre le traitement ARV et avoir "un régime alimentaire équilibré qui m'aiderait à vivre plus longtemps et au moins voir ma fille aller à l'école".

Nyathi est un exemple de la tendance de la hausse des grossesses chez les adolescentes au Zimbabwe.

En 2011, le taux de fécondité chez les adolescentes de 15 à 19 ans était de 112 naissances pour 1.000 filles, comparativement à 99 naissances pour 1.000 filles en 2006, selon l’Enquête démographique et de santé du Zimbabwe (EDSZ).

"C'est une augmentation significative", a indiqué à IPS, Stewart Muchapera, analyste des communications au Fonds des Nations Unies pour la populaltion (UNFPA) au Zimbabwe.

Les filles vivant dans les zones rurales, comme Nyathi, sont deux fois plus touchées par les grossesses précoces, à un taux de 144 naissances pour 1.000 filles, contre 70 naissances pour 1.000 filles des zones urbaines.

Des grossesses risquées

"La puberté est un moment de changement biologique rapide et ce stade de développement doit être bien géré pour que les jeunes le traversent en toute sécurité", a déclaré Muchapera.

Parmi les nombreuses causes de grossesse chez les adolescentes, il mentionne l'absence d'informations adéquates et précises sur la puberté, qui laisse les jeunes dépendants des sources de pairs mal informés ou des recherches non guidées sur Internet.

Certaines normes culturelles ou religieuses comme le mariage des enfants et des questions sociales comme les relations sexuelles intergénérationnelles, la contrainte sexuelle et les rapports sexuels transactionnels contribuent également à la grossesse chez les adolescentes, a- t-il expliqué.

L’EDSZ indique que neuf femmes sexuellement actives sur 10, âgées de 15 à 19 ans, sont dans une certaine forme de mariage, et que pour deux filles sur trois qui ont eu leur premier rapport sexuel avant l’âge de 15 ans, les rapports sexuels ont été forcés contre leur gré.

En outre, la crise politique et économique de la dernière décennie a créé une pauvreté généralisée et l'interruption des services de santé et d'éducation. Les filles s’engagent dans des relations sexuelles transactionnelles risquées comme un moyen qui mène à la nourriture, aux vêtements, à l'école et à la sécurité.

Simanga Nkomo, une sage-femme à Bulawayo, a déclaré à IPS que chaque année, elle aide des mères plus jeunes, certaines âgées de 14 ans et même plus jeunes.

"L'augmentation est inquiétante, puisque la plupart de ces adolescentes sont mal informées sur la santé maternelle et elles risquent de succomber à la mortalité maternelle", a-t-elle souligné.

Le risque de décès maternel est deux fois plus élevé pour les filles âgées de 15 à 19 ans que pour les femmes qui sont dans leurs 20 ans, et cinq fois plus élevé pour les filles âgées de 10 à 14 ans.

Sipho Ncube* est une autre mère adolescente originaire de Bulawayo. Elle avait de bonnes notes dans sa dernière année de collège, mais a abandonné les études quand elle est tombée enceinte et a donné naissance à un petit garçon, aujourd'hui âgé de sept mois.

"Ça a commencé comme une aventure et une chose conduisait à une autre jusqu'à ce que j'ai découvert que j'étais enceinte. J'étais informée des contraceptifs, mais pour une certaine raison je n'en utilisais pas", a-t-elle déclaré à IPS.

Ncube et son bébé sont séronégatifs. Mais cela aurait facilement pu en être autrement: la séroprévalence nationale est de près de 15 pour cent chez les adultes âgés de 15 à 49 ans.

Quelque 120.000 jeunes Zimbabwéens âgés de 15 à 19 ans ont contracté le VIH en 2012, et 63.000 d'entre eux étaient des filles, estime le Fonds des Nations Unies pour l'enfance.

Les parents de Ncube, qui travaillent en Afrique du Sud, rentrent trois fois par an et envoient un peu d'argent. Elle s'occupe de ses frères et sœurs, âgés de 13 ans et sept ans, dans une maison à deux chambres louée à Mpopoma, une banlieue à forte densité. Le père du bébé travaille à Victoria Falls et aide financièrement chaque fois qu’il le peut.

"Je regrette tout mais je dois vivre avec les choix stupides que j'ai faits", a déclaré Ncube à IPS. "Je souhaite retourner à l'école et être en mesure de subvenir aux besoins du bébé".

* Les noms ont été retirés pour protéger la vie privée des filles (FIN/2014)

 

 

 

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