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INDE
Les droits fonciers et l’éducation peuvent-ils sauver une ancienne tribu?
Manipadma Jena

MALKANGIRI, Inde, 20 août (IPS) - Eparpillés sur 31 villages éloignés perchés sur une chaîne de collines qui se trouve à entre 1.500 et 4.000 pieds au-dessus du niveau de la mer, dans le district de Malkangiri, dans l'Etat d’Odisha, dans l’est de l'Inde, les gens du Haut-Bonda sont considérés comme l'une des tribus les plus anciennes de ce pays ayant à peine modifié leur mode de vie en plus de mille ans.

Résistante au contact avec le monde extérieur et farouchement sceptique sur le développement moderne, cette communauté de moins de 7.000 âmes se bat pour maintenir son mode de vie et prendre des dispositions pour une jeune génération de plus en plus frustrée par la pauvreté - 90 pour cent des Bondas vivent avec moins d'un dollar par jour - et les violences intercommunautaires.

Des projets gouvernementaux récents visant à améliorer l'accès des Bondas aux titres fonciers apportent des changements à la communauté, et ouvrent les portes à l'enseignement secondaire, qui était jusque-là difficile, voire impossible à accéder pour beaucoup.

Mais ces changements sont accompagnés de questions sur l'avenir de la tribu, dont le taux de croissance démographique global entre 2001 et 2010 était de 7,65 pour cent seulement selon deux enquêtes menées par l’Institut de recherche et de formation sur les castes et tribus répertoriées (SCSTRTI) du gouvernement d’Odisha.

D’abord, les droits fonciers, ensuite l’éducation

Dans une hutte de boue sans fenêtre à Bonda Ghati, une région montagneuse au sud-ouest d’Odisha, Saniya Kirsani parle à haute voix et de façon ivre de ses plans pour l'hectare de terre pour lequel il a récemment obtenu de titre.

Ce Bonda de 50 ans a des illusions de créer un verger de mangues dans son village natal de Tulagurum, qui lui permettra de produire la liqueur fruitée qui le maintient dans un état d'ivresse.

Sa femme, Hadi Kirsani, nourrit des plans beaucoup plus réalistes. Pour elle, les titres fonciers signifient avant tout que leur fils de 14 ans, Buda Kirsani, peut enfin retourner à l'école.

Il a abandonné après avoir terminé la classe du cours moyen deuxième année (CM2) au début de 2013, désespéré pour plus d’éducation parce que le collège public le plus proche à Mudulipada était inabordable pour sa famille.

En outre, il aurait dû marcher 12 kilomètres, traversant des chaînes de collines et naviguant sur un terrain escarpé, pour se rendre à sa salle de classe tous les jours.

L'admission à l'école locale des habitants de la tribu, également située à Mudulipada, exigeait un document de propriété foncière qui certifie l'état tribal de la famille, ce qu'ils ne possèdent pas.

La famille Kirsani avait été oubliée par une vague de réformes en 2010 dans le cadre de la Loi sur les droits forestiers, qui a accordé des titres fonciers à 1.248 familles du Haut-Bonda mais a laissé 532 ménages sans terre.

En octobre 2013, avec l'aide de Landesa, une organisation mondiale à but non lucratif travaillant sur les droits fonciers pour les pauvres, la famille de Buda a finalement obtenu son titre foncier auprès du gouvernement d’Odisha.

Mettant soigneusement les seuls deux ensembles de vêtements usés de Buda dans un sac, Hadi a du mal à retenir les larmes qui coulent de ses yeux pendant qu’elle déclare à IPS que son fils est maintenant l'un des 31 enfants de ce village de 44 ménages qui, pour la toute première fois, a la possibilité d'étudier au-delà du cours primaire.

Elle n'est pas seule dans son désir d'éduquer son enfant. L'alphabétisation parmi les hommes du Haut-Bonda n’est que de 12 pour cent, tandis que l'alphabétisation des femmes est de six pour cent seulement, selon une enquête de référence 2010 du SCSTRTI, contre le taux d'alphabétisation de 74 pour cent pour les hommes et de 65 pour cent pour les femmes au niveau national.

Pendant des siècles, la capacité à lire et à écrire n'était pas une compétence que les Bondas recherchaient. Leur ancienne langue Remo a aucun script d'accompagnement et se transmet par voie orale.

En tant que chasseurs et cueilleurs, cette communauté a vécu entièrement pendant plusieurs générations des forêts environnantes, troquant des produits comme le mil, les pousses de bambou, les champignons, les ignames, les fruits, les baies et les épinards sauvages sur les marchés locaux.

Jusqu'à très récemment, la plupart gens du Haut-Bonda tissaient et troquaient leurs propres habits fabriqués à partir d'une plante appelée 'kereng', en plus de la production de leurs propres balais à partir des herbes sauvages. Ils avaient donc peu besoin d'entrer dans la société en général.

Mais une vague de déforestation a dégradé leurs terres et les ruisseaux dont ils dépendent pour l'irrigation. Des précipitations irrégulières au cours de la dernière décennie ont affecté les rendements des cultures, et le refus du ministère de la Protection des Forêts de leur permettre de pratiquer leur culture traditionnelle par 'brûlis' a fait qu’il est difficile pour la communauté de se nourrir comme elle l'a fait pendant des centaines d'années.

Aider ou nuire à la communauté?

Depuis 1976, avec la création de l'Agence de développement des Bondas, des efforts ont été faits pour amener les gens du Haut-Bonda dans le courant dominant, fournissant l'éducation, de meilleurs installations d’assainissement et d'eau potable, et les droits fonciers.

"La propriété foncière leur permet de se tenir sur leurs propres pieds en matière de moyens de subsistance, et les autonomise, puisque leur économie est essentiellement limitée à la terre et aux forêts", explique la Commission nationale pour les tribus répertoriées (NCST) de l’Inde, un organe consultatif clé en matière de politiques.

Les efforts visant à intégrer les Bondas ont échoué à la fin des années 1990, lorsque les extrémistes de gauche ont renforcé la pauvreté et l'exclusion de la communauté en transformant la chaîne de collines de Bonda en une importante base d'opération le long du soi-disant 'Red Corridor' (Corridor rouge) de l'Inde, qui s'étend sur neuf Etats dans les régions du centre et de l’est du pays et serait envahi par des rebelles maoïstes.

Toutefois, le ministre du Développement des tribus d’Odisha, Lal Bihari Himirika, est confiant que de nouveaux projets visant à améliorer le cadre de vie de la communauté porteront leurs fruits.

"Le 'projet de construction de 5.000 foyers', a sa fin, fournira à un demi-million de garçons et de filles de la tribu l'éducation et l'intégration", a-t-il déclaré à IPS, en marge du lancement en 2013 de la campagne 'Parce que je suis une fille' de Plan International dans la capitale d’Odisha, Bhubaneswar.

Les 9,6 millions de gens de tribu de l'Etat constituent près d'un quart de sa population totale. Parmi ces groupes de tribu, les gens du Haut-Bonda constituent une préoccupation majeure pour le gouvernement et ont été nommés un Groupe tribal particulièrement vulnérables (PTG) à cause de leurs faibles taux d'alphabétisation, de la baisse de leur population et de leur pratique de la cueillette, la chasse et de la pêche pour survivre.

Des activistes sociaux comme Dambaru Sisa, 34 ans, la toute première du Haut-Bonda à être élu au parlement de l'Etat en 2014, croient que l'intégration de la communauté bonda est crucial pour la survie de tout le groupe.

Orphelin dès l’enfance et éduqué dans une école missionnaire chrétienne à Malkangiri, Sisa détient maintenant deux diplômes de maîtrise en mathématiques et en droit, et est préoccupé par l'avenir de son peuple.

"Notre identité culturelle, en particulier notre seul dialecte, Remo, doit être préservée", a-t-il dit à IPS. "Au même moment, avec une sensibilisation accrue, [les] coutumes et superstitions qui nuisent à notre peuple seront lentement éradiquées".

Il a cité les mariages coutumiers des gens du Haut-Bonda - avec les femmes qui épousent généralement les garçons qui ont à peu près moins de dix ans qu’elles - comme l'une des pratiques qui nuisent à sa communauté.

Les femmes gèrent traditionnellement le ménage, tandis que les hommes et les garçons sont responsables de la chasse et de la cueillette. Pour ce faire, ils sont formés au tir à l'arc mais la possession d'armes entraîne souvent des bagarres au sein de la communauté elle-même du fait des tempéraments colériques des hommes bondas, de leur penchant pour l'alcool et la protection farouche de leurs épouses.

Il y a une décennie, en moyenne quatre hommes ont été tués par leurs propres fils ou neveux, généralement dans des batailles par rapport à leurs épouses, selon Manoranjan Mahakul, un responsable gouvernemental au Programme d'autonomisation et des moyens de subsistance des tribus d’Odisha (OTELP), qui a travaillé dans la région pendant plus de 20 ans.

Même maintenant, plusieurs hommes bondas sont en prison pour assassinat, a indiqué Mahakul à IPS, bien que des lois clémentes autorisent leur libération anticipée après trois ans.

"La mortalité infantile élevée, l'alcoolisme et les conditions de vie insalubres, à proximité des porcs et de la volaille, en plus d’un manque d’aliments nutritifs, des superstitions sur les maladies et de l’absence d'installations médicales font des ravages", a souligné à IPS, Sukra Kirsani, personne-ressource de la communauté de Landesa, dans le village de Tulagurum.

L'eau potable de la tribu provient de ruisseaux qui prennent leur source dans les collines. Toutes les familles pratiquent la défécation en plein air, généralement près des ruisseaux, ce qui entraîne des épidémies de diarrhée pendant les saisons de la mousson.

Malgré un besoin criant de changement, les experts disent que cela ne s'opèrera pas facilement.

"Amener les enfants bondas jusqu’au niveau secondaire signifie que la moitié de la bataille est gagnée", a déclaré Sisa. "Cependant, il y a des points d'interrogation sur la qualité de l'enseignement dans les écoles résidentielles. Bien que la liste des élèves inscrits soit longue, en réalité, beaucoup ne sont pas dans les foyers. Certains fuient pour aller travailler dans des restaurants en bordure de route ou retournent à la maison", a-t-il ajouté.

Le problème, souligne Sisa, c'est qu'au lieu que l’enseignement soit fait dans leur langue maternelle, les élèves sont obligés d'étudier dans la langue Odia ou dans un dialecte tribal local plus traditionnel qu'aucun d'entre eux ne comprend.

Le gouvernement a réagi à cette situation en affichant sa volonté à réduire les qualifications requises pour les enseignants afin d'attirer des enseignants bondas vers les salles de classe.

Cependant, plus d’efforts devront être faits pour assurer le développement équitable de cette tribu en diminution.

"Les fonds abondants qui sont déversés pour le développement des Bondas doivent être utilisés de manière transparente afin que les différentes contributions travaillent en synergie et affichent des résultats", a conclu Sisa.

Edité par Kanya D’Almeida

Traduit en français par Roland Kocouvi (FIN/2014)

 

 

 

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