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BRESIL
Le "Dalaï Lama de la forêt tropicale" confronté à des menaces de mort
Fabiola Ortiz

RIO DE JANEIRO, 21 août (IPS) - Davi Kopenawa, le chef du peuple Yanomami, dans la forêt amazonienne du Brésil, qui est reconnu internationalement pour sa lutte contre l'empiétement sur les terres indigènes par les propriétaires terriens et les mineurs illégaux, mène désormais une nouvelle bataille – cette fois contre les menaces de mort que lui et sa famille ont reçues.

"En mai, ils [les mineurs] m'ont dit qu'ils ne le laisseraient pas en vie jusqu’à la fin de l'année", a déclaré à IPS, Armindo Góes, 39 ans, l'un des compagnons activistes autochtones de Kopenawa dans la lutte pour les droits du peuple Yanomami.

Kopenawa, 60 ans, est le chef indigène le plus respecté au Brésil. Ce chaman et porte-parole du peuple Yanomami est connu dans le monde entier comme le "Dalaï Lama de la forêt tropicale" et a souvent participé à des réunions des Nations Unies et d'autres événements internationaux.

Il a remporté des prix comme le Prix du Palmarès mondial des 500 du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE). Sa voix a attiré des figures internationales comme le roi Harald de Norvège - qui lui a rendu visite en 2013 - ou l'ancien footballeur britannique David Beckham - qui a fait de même en mars - sur le territoire de 96.000 kilomètres carrés qui abrite environ 20.000 Yanomami.

Kopenawa est président de l'Association Yanomami Hutukara (HAY), qu'il a fondée en 2004 à Boa Vista, la capitale de l'Etat de Roraima, dans le nord. Avant cela, il a lutté pour la création du Territoire des Yanomami indigènes (TI), qui est plus grand que le Portugal, dans les Etats d'Amazonas et de Roraima, à la frontière avec le Venezuela.

Le 28 juillet, la HAY a fait une déclaration indiquant que son chef avait reçu des menaces de mort en juin, alors que Góes, l'un des directeurs de l'organisation, a été abordé dans une rue de la ville d’Amazonas de São Gabriel da Cachoeira par des "garimpeiros" ou orpailleurs illégaux, qui lui ont donné un message de mort clair pour Kopenawa.

Depuis ce temps "le climat d'insécurité a dominé tout", a indiqué Góes à IPS.

Les garimpeiros pénètrent plus profondément dans le territoire des Yanomami en quête de l'or, au Brésil ainsi qu’au Venezuela, empiétant sur l'une des plus anciennes cultures survivantes du monde.

Le TI des Yanomami a été délimité juste avant le Sommet de la terre en 1992 tenu à Rio de Janeiro. Et c’était le Sommet Rio + 20, organisé dans cette ville en 2012, qui a rendu Kopenawa plus célèbre chez lui, où il était moins bien connu qu'à l'étranger.

"Davi est quelqu'un de très précieux au Brésil, mais certaines personnes le voient comme un ennemi. Il est un penseur et un guerrier qui fait partie de l'identité du Brésil et a lutté pour les droits des Yanomami et d'autres peuples autochtones pendant plus de 40 ans", a expliqué à IPS, Marcos Wesley, un activiste et coordonnateur adjoint du programme de développement durable du Rio Negro de l'Institut socio-environnemental (ISA).

Le Rio Negro, le plus grand affluent du fleuve Amazone, traverse le territoire des Yanomami.

Dans les années 1990, Kopenawa a réussi à faire expulser 45.000 garimpeiros du TI des Yanomami, a indiqué Wesley. "Lui et Hutukara sont les porte-paroles des Yanomami, pour leurs revendications. Je peux imaginer qu'il existe des gens qui ont subi des pertes économiques et qui sont fâchés à cause des progrès réalisés par les Yanomami", a-t-il ajouté.

"Il y a des signes menaçants qui nous mettent en alerte", a déclaré Góes. "Nous travaillons derrière des portes verrouillées. Deux hommes armés étaient déjà à la recherche de Davi à Boa Vista. Ils ont même proposé de l'argent si quelqu'un l'identifierait. Nous sommes de plus en plus préoccupés".

Le directeur de la HAY a expliqué que "nos vies sont en danger, et nos aînés ont conseillé à Davi de se réfugier dans sa communauté".

Bien que le TI des Yanomami ait été entièrement délimité, les activités illégales n'y ont pas cessé.

"Il y a beaucoup de gens qui envahissent les terres indigènes pour l'exploitation minière", a souligné Góes.

Kopenawa vient de la communauté reculée de Demini, l'un des 240 villages du TI des Yanomami. La seule façon d'atteindre le village, c’est par un petit avion ou 10 jours de voyage en bateau en amont.

Le 8 août, IPS a réussi à contacter le chef des Yanomami, à seulement quelques minutes avant son départ vers sa communauté. Mais il a préféré ne pas fournir des détails sur sa situation, à cause des menaces.

"En ce moment, je préfère ne rien dire de plus. Je peux seulement affirmer que je suis très inquiet, avec mon peuple Yanomami; le reste, je l'ai déjà dit", a-t-il commenté.

Cinq jours plus tôt, Kopenawa avait été l'un des invités d'honneur de la 12ème édition du Festival international de littérature à Paraty, dans l'Etat méridional de Rio de Janeiro. Il a parlé des violences auxquelles son peuple est confronté, lorsqu’il présentait son livre intitulé "La chute du ciel: paroles d'un chaman Yanomami".

"Les propriétaires terriens et les garimpeiros ont beaucoup d'argent pour tuer un Indien. La jungle amazonienne nous appartient. Elle nous protège contre la chaleur; la forêt tropicale est essentielle pour nous tous et pour que nos enfants vivent en paix", a-t-il déclaré.

Il avait dénoncé auparavant qu’"Ils veulent me tuer. Je ne fais pas ce que les Blancs font - traquer quelqu'un pour le tuer. Je ne me mêle pas de leur travail. Mais ils s’immiscent dans notre travail et dans notre lutte. Je continuerai à me battre et à travailler pour mon peuple. Parce que la défense du peuple Yanomami et de sa terre est mon travail".

Dans son communiqué, la HAY a exigé que la police enquête sur ces menaces et fournisse à Kopenawa une protection officielle.

"La suspicion est que ces menaces sont en représailles pour le travail effectué par les Yanomami, avec les organismes gouvernementaux, pour mener des enquêtes et briser les réseaux de mineurs sur le TI des Yanomami au cours des dernières années", a indiqué la HAY.

Kopenawa et la HAY fournissent à la police fédérale des cartes de sites d’exploitation minière, de lieux géographiques et des renseignements sur les plans et les personnes qui circulent sur le TI des Yanomami. Leurs rapports ont permis de mener des opérations contre les garimpeiros et les propriétaires terriens qui empiètent sur la zone; la dernière opération de grande envergure a été menée en février.

Selon la police fédérale, à Roraima seul, l'exploitation minière illégale génère 13 millions de dollars de profits par mois, et une grande partie des recettes provient du territoire des Yanomami.

Góes a souligné à IPS que l'exploitation minière a plus que juste un impact économique sur les populations autochtones.

"Elle provoque un déséquilibre dans la culture et la vie des Yanomami, et entraîne la dépendance des objets et aliments manufacturés, artificiels. Elle change toute la vision du monde par les Yanomami. L'exploitation minière cause aussi trop de pollution dans les fleuves", s’est-il plaint.

"Nous savons qu’au Brésil, nous avons malheureusement un taux élevé de violences faites aux chefs autochtones et aux mouvements sociaux", a souligné Wesley. "L'impunité règne. Davi est un combattant, et ne se laissera sûrement pas intimider par ces menaces. Il croit en son combat, en la défense de son peuple et de la planète".

Au Brésil, il n'existe aucun programme spécifique pour protéger les peuples autochtones confrontés à des menaces.

Les représentants de la FUNAI, l'agence chargée des affaires des peuples autochtones au Brésil, ont dit à IPS que la demande de protection a été reçue de Kopanawa et d'autres responsables de la HAY, et qu'elle a été transférée aux défenseurs du programme des droits humains au secrétariat spécial de la présidence brésilienne sur les droits de l'Homme.

Mais ils ont indiqué que pour bénéficier d'une protection, le chef des Yanomami devait confirmer qu'il la voulait, et que le gouvernement attend sa réponse à cette fin.

Dans ce pays de 200 millions d’habitants, les gens autochtones sont au nombre de 896.917, selon le recensement de 2010.

Edité par Estrella Gutiérrez

Traduit en anglais par Stephanie Wildes

Traduit en français par Roland Kocouvi (FIN/2014)

 

 

 

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