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PAKISTAN
Les Ahmadis confrontés à la mort ou à l’exil
Beena Sarwar

BOSTON, Etats-Unis, 25 oct (IPS) - Il y a deux ans, des hommes armés ont abattu le fils nouvellement marié de Farooq Kahloun, Saad Farooq, 26 ans, dans une attaque qui a gravement blessé Kahloun, son fils cadet Ummad, et le beau-père de Saad, Choudhry Nusrat.

Saad est décédé sur-le-champ. Au Pakistan, après un voyage depuis son domicile à New York pour le mariage, Nusrat est mort à l'hôpital plus tard. Quatre balles restent dans la poitrine et le bras de Kahloun. Une balle logée derrière l'œil droit d’Ummad, un étudiant au Royaume-Uni, a été chirurgicalement enlevée des mois plus tard.

En tant que leader Ahmadi dans sa localité, Kahloun savait qu'il était une cible pour des tueurs à gages dans la métropole animée mais livrée à l’anarchie de Karachi. L'insécurité générale au Pakistan existe sous plusieurs formes si vous êtes, comme Kahloun, un Ahmadi - une secte de l'islam que beaucoup de musulmans orthodoxes détestent comme étant hérétique.

"Je n’ai jamais pensé qu'ils cibleraient ma famille", déclare Kahloun, 57, un homme d'affaires prospère qui a tout laissé derrière, a obtenu l'asile politique et s’est installé à Memphis, Tennessee, où il vit avec sa femme et sa fille.

En 1974, sous la pression de l'Arabie Saoudite, le parlement pakistanais a déclaré les Ahmadis non musulmans (sous pression de façon similaire, le Bangladesh, nouvellement indépendant a refusé). Une décennie plus tard, un dictateur militaire a qualifié d’infraction pénale le fait qu’ils "se disent" musulmans.

Ces changements, disent les avocats et les défenseurs des droits humains, violent les dispositions constitutionnelles du Pakistan, en particulier les articles 8 à 27 qui sont comparables à la Déclaration des droits des Etats-Unis.

"Ce sont des lois honteuses", affirme Kahloun. "Si nous avons aucun autre Prophète ou le Coran, que pouvons-nous faire?".

L’idéologie 'takfiriste' (qui déclare quelqu'un de non-musulman) a amené le premier lauréat du Prix Nobel du Pakistan, Dr Abdus Salam (physique, 1979), un Ahmadi, à être chassé du pays, et à l'attaque contre l’écolière Swat, Malala Yousufzai, désormais la deuxième lauréate du Prix Nobel du Pakistan, également contrainte à l'exil.

Les assaillants derrière ces attaques sont rarement arrêtés, jugés et punis, créant une culture de l'impunité qui ne fait qu'encourager de nouvelles attaques, estiment des analystes.

Les assaillants que les survivants ahmadis ont capturés et remis à la police en mai 2010 à la suite de l'un des attentats terroristes les plus meurtriers au Pakistan ne sont pas encore punis. L'attaque visait une mosquée ahmadi à Lahore, tuant plus de 90 fidèles et blessant beaucoup d'autres.

"Nous ne pouvions plus vivre au Pakistan. Personne ne quitterait s’il avait un choix, mais maintenant, tout Ahmadi sortira si l'occasion lui est donnée", a déclaré Kahloun à IPS, par téléphone. "A Karachi, les gens sont tués chaque jour. Des médecins, professeurs, pas seulement les Ahmadis, mais aussi les chiites et autres".

Les militants takfiristes qualifient également les chiites de 'Kafir' ou d’infidèles et les prennent pour cible en grand nombre.

La Commission indépendante des droits de l’Homme du Pakistan indique que 687 personnes ont été tuées dans plus de 200 attaques sectaires en 2013, 22 pour cent de plus qu'en 2012, tandis que 1.319 personnes ont été blessées, 46 pour cent de plus en 2012.

"Le nombre d’Ahmadis et de communautés religieuses qui demandent l'asile à l'étranger augmente constamment", souligne Qasim Rashid, un avocat ahmadi d'origine pakistanaise basé en Virginie et auteur du livre 'The Wrong Kind of Muslim' [Le Faux type de musulman] (2013) qui parle de la persécution des Ahmadis au Pakistan.

"Cela va jusqu’à montrer l'importance de maintenir la liberté de religion et de conscience dans le monde entier. C’est l’échec à faire respecter ces droits qui donne du pouvoir et enhardit des groupes comme les talibans et l’EIIL [Etat islamique d’Iraq et du Levant]", a déclaré Rashid à IPS.

Certains Ahmadis pakistanais sont protégés par leur importance, comme Mujeeb-ur-Rahman, 83 ans, un avocat principal à la Cour suprême qui vit à Rawalpindi près de la capitale, Islamabad, et n'a aucune intention de quitter le pays.

"Le 'Thurgood Marshall' du Pakistan", il est actuellement aux Etats-Unis, invité par l’Association des avocats musulmans ahmadis (AMLA) de 52 membres, nouvellement créée, pour s’adresser à sa conférence inaugurale à Silver Spring, au Maryland, en septembre et "passer le flambeau".

"Tous les participants sont venus à leurs frais, car ils ont un profond amour et une grande admiration pour la carrière et le plaidoyer extraordinaires de Rahman", affirme Amjad Mahmood Khan, président de l’AMLA, un Américain d’origine pakistanaise né en Californie.

L’AMLA a organisé des conférences animées par Rahman dans diverses universités, à commencer par la Faculté de droit d'Harvard, où Khan a fait ses études. Il a parlé à l'Université de Princeton le 17 octobre et à 'Columbia University' le 23 octobre; et s’exprimera à la Faculté de droit de l'Université de New York le 27 octobre; à l’Université de Californie, d’Irvine le 30 octobre; et à l'Université de Stanford le 4 novembre.

Un haut-parleur dynamique et plein d'humour malgré son âge, Rahman parsème ses conférences de références à la jurisprudence et à des pionniers américains comme Martin Luther King - "L’injustice quelque part, c’est l’injustice partout" – en plus de la constitution et des affaires juridiques du Pakistan.

Il a commencé sa conférence d’Harvard par la salutation musulmane "As-Salam-Alaykoum" (que la paix soit avec vous) – "presque une salutation par réflexe de tout Pakistanais, qu'il soit chrétien ou musulman ou de n’importe quelle religion".

Au Pakistan, cette salutation pourrait l'envoyer en prison pour trois ans, a-t-il rappelé à l'auditoire. La "Kalima", la première prière de l'islam, pouvait en faire de même. "Il n'y a pas d'autre dieu qu'Allah et Mahomet est son prophète".

"Le premier départ du concept séculaire du Pakistan", déclare Rahman, a été l’adoption par l'Assemblée constituante du Pakistan de la Résolution sur les Objectifs de 1949. Bafouant les fortes objections faites par certains membres, elle a déclaré que l'islam soit la religion de l'Etat. "Les ecclésiastiques ont gagné un pouce".

Le deuxième Amendement constitutionnel de 1974 qui a qualifié les Ahmadis de non-musulmans est une "usurpation de l'autorité constitutionnelle, pas un acte législatif valable", a déclaré Rahman. "L'Etat ne peut pas remettre en cause la foi de qui que ce soit".

En 1993, il a défendu un procès historique contre les restrictions sur le droit des Ahmadis de pratiquer librement leur foi, consolidant huit appels faits par des Ahmadis, emprisonnés pour avoir dit la 'Kalima'.

L’affaire Zaheeruddin contre l’Etat est également appelée la "marque" ou le "jugement Coca-Cola" parce que la Cour suprême l’a rejetée au motif que les Ahmadis, prétendant être des musulmans violaient les "marques" de l'islam.

"Comme si la religion est une marchandise, un produit vendable avec des intérêts financiers qui y sont attachés", déclare Rahman avec mépris, qui transporte avec lui deux livres auxquels il tient: le Coran et la constitution du Pakistan.

Les avocats dans les tribunaux pakistanais citent des centaines de cas aux Etats-Unis, mais dans l’affaire Zaheeruddin, "les lois américaines ont été mal citées et mal appliquées pour donner la couleur de l'équité à l'affaire", affirme Rahman.

Edité par Kitty Stapp

Traduit en français par Roland Kocouvi (FIN/2014)

 

 

 

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