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IRAN
L’examen d’un document clé à l’AIEA suggère un coup d’Israël
Une analyse de Gareth Porter*

WASHINGTON, 27 oct (IPS) - Des diplomates occidentaux auraient critiqué l’Iran au cours des dernières semaines de n’avoir pas fourni à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) des informations sur les expériences sur des explosifs brisants destinés à produire une arme nucléaire, selon un document des services de renseignements sur lequel l'AIEA enquête.

Mais le document non seulement reste non vérifié mais ne peut être lié à l'Iran que par un compte-rendu officiel peu convaincant marqué par une série de coïncidences qui se rapportent à un scientifique étranger qui sont très suspectes.

La première parution du document au début de 2008, d'ailleurs, était non seulement bien programmée pour appuyer l'attaque d'Israël par rapport à un 'U.S. National Intelligence Estimate' (NIE), un document émis par le gouvernement américain, sur l'Iran en décembre 2013 qui a été dommageable pour les intérêts israéliens, mais avait également fait fuite dans les médias avec un message qui a coïncidé avec l'argument actuel d’Israël.

L'AIEA a longtemps vanté ce document, qui provenait d'un Etat membre non identifié, comme une preuve clé qui justifie la suspicion que l'Iran a dissimulé des travaux d’armes nucléaires dans le passé.

Dans son rapport publié en septembre 2008, l'AIEA a dit que le document décrit "l'expérimentation en rapport avec l'initiation symétrique d'une charge très explosive hémisphérique appropriée pour un dispositif nucléaire de type implosion".

Mais une communication officielle iranienne au Secrétariat de l'AIEA a contesté son authenticité, déclarant qu’"Il n'y a aucune preuve ou indication dans ce document concernant ses liens avec l'Iran ou sa préparation par l'Iran".

L'AIEA n'a jamais répondu à cette communication de l’Iran.

L'histoire du document sur ces explosifs brisants et les informations connexes publiés dans le rapport de l'AIEA en novembre 2011 soulève plus de questions sur le document que de réponses.

Le rapport a indiqué que le document décrit les expériences comme étant contrôlées avec "un grand nombre de câbles à fibres optiques" et a cité des informations selon lesquelles ces expériences avaient bénéficié de l’assistance d’un expert étranger qui aurait travaillé dans le programme d'armes nucléaires de son pays d'origine.

La personne à qui le rapport faisait allusion, le scientifique ukrainien Vyacheslav Danilenko, n’était pas un expert des armes nucléaires, cependant, mais un spécialiste de la synthèse des nanodiamants. Danilenko a enseigné cette matière en Iran de 2000 à 2005 et avait co-écrit un article professionnel sur l'utilisation de câbles à fibres optiques pour contrôler les ondes de choc explosives en 1992, qui était disponible en ligne.

Ces faits constituaient l'occasion pour qu'un service de renseignements étrangers crée un rapport sur les expériences des explosifs brisants qui suggèrerait un lien avec les armes nucléaires ainsi qu’avec Danilenko. La publication de source ouverte de Danilenko pourrait aider à convaincre le Département des garanties de l'AIEA de l'authenticité du document, qui autrement aurait manqué.

Encore plus suspect, peu après l'apparition du document sur les explosifs brisants, le même Etat qui l’avait remis à l'AIEA a affirmé disposer des renseignements sur un grand cylindre à Parchin approprié pour la réalisation des expériences des explosifs brisants décrits dans le document, selon le rapport de l'AIEA publié en 2011.

Et il a identifié Danilenko comme le concepteur du cylindre, basant à nouveau l’affirmation sur une publication de source ouverte qui incluait le croquis d'un cylindre qu'il avait conçu entre 1999 et 2000.

Toute l'histoire dépendait donc de deux conclusions très convenables dans un laps de temps très court, toutes deux qui se rapportaient à un seul individu et à ses publications de sources ouvertes.

En outre, le cylindre que Danilenko a dessiné et dont il a discuté dans la publication était explicitement conçu pour la production de nanodiamants, pas pour des expériences de fabrication de bombes.

Robert Kelley, qui était le chef des équipes de l'AIEA en Irak, a constaté que le compte-rendu de l'agence sur l'installation du cylindre sur un site à Parchin en mars 2000 est invraisemblable, puisque Danilenko déclarait publiquement qu'il était encore en train de le concevoir en 2000.

Et Kelley, un expert des armes nucléaires, a souligné que le cylindre aurait été inutile pour les expériences "d'initiation à plusieurs points". "Nous avons été dupés sur toute cette affaire", a déclaré Kelley à IPS.

Le document est apparu au début de 2008, dans des circonstances indiquant un rôle israélien. Un article paru dans le numéro de mai 2008 de la 'Jane’s International Defence Review' (Revue internationale de défense de Jane), en date du 14 mars 2008, faisait allusion aux "[d]ocuments présentés exclusivement à Jane" par une "source qui a des liens avec un service des renseignements occidental".

Il a indiqué que les documents ont montré que l'Iran avait "poursuivi activement le développement d'un système d'armes nucléaires sur la base de la technologie de détonation d'implosion nucléaire de l’initiation à plusieurs points (MPI) relativement avancée depuis quelques années...".

L'article a révélé l'agenda politique derrière la fuite du document sur les explosifs brisants. "L'image que dépeignent ces articles", a-t-il écrit, "contredit nettement le 'National Intelligence Estimate' (NIE) américain, publié en décembre 2007, qui disait que Téhéran avait gelé son programme nucléaire militaire en 2003".

Tel était l'argument que les autorités israéliennes et des partisans aux Etats-Unis avançaient après le NIE, qu’Israël avait hâte de discréditer.

L'AIEA a d'abord mentionné le document sur les explosifs brisants en annexe à son rapport de mai 2008, peu après que le document avait été divulgué à Jane’s.

David Albright, le directeur de l'Institut pour la science et la sécurité internationale, qui a joui d'une relation étroite avec le directeur adjoint de l'AIEA, Olli Heinonen, a révélé dans une interview accordée à l'auteur en septembre 2008 que Heinonen lui avait dit qu’un des documents qu'il avait obtenus au début de cette année-là avait confirmé sa confiance dans la collecte précédente des documents des services de renseignements. Albright a dit que le document était "probablement" venu d'Israël.

L’ancien directeur général de l'AIEA, Mohamed ElBaradei, était très sceptique par rapport à tous les documents iraniens présumés que les Etats-Unis ont partagés avec l'AIEA. Se référant à ces documents, il écrit dans ses mémoires de 2011: "Personne ne savait si tout cela était vrai".

ElBaradei rappelle que l'AIEA recevait encore plus de documents iraniens présumés directement d'Israël en été 2009. Ces nouveaux documents incluaient un document de deux pages en farsi décrivant un programme sur quatre ans visant à produire un initiateur de neutron pour une réaction de fission en chaîne.

Kelley a dit qu’ElBaradei a trouvé que le document manquait de crédibilité, parce qu’il n’avait aucune de chaîne de garde, aucune source identifiable, et aucune marque officielle ou aucune autre chose qui pourrait établir son authenticité-les mêmes objections que l’Iran a soulevées concernant le document sur les explosifs brisants.

Pendant ce temps, ElBaradei a résisté aux pressions des États-Unis et de leurs alliés européens en 2009 de publier un rapport sur ce document et d'autres - y compris le document sur les explosifs brisants - comme une annexe à un rapport de l'AIEA. Le successeur d’ElBaradei comme directeur général, Yukia Amano, a publié l'annexe que la coalition contre l’Iran voulait plus tôt dans le rapport de novembre de 2011.

Amano a dit plus tard à ses collègues dans l'agence qu'il n’avait pas le choix, parce qu'il avait promis aux Etats-Unis de le faire dans le cadre de l'engagement pris par Washington de soutenir sa candidature pour le poste au sein du Conseil des gouverneurs, selon un ancien responsable de l'AIEA qui a requis l’anonymat.

* Gareth Porter est un journaliste d'investigation indépendant et lauréat du Prix Gellhorn 2012 pour le journalisme. Il est l'auteur du document récemment publié intitulé: "Manufactured Crisis: The Untold Story of the Iran Nuclear Scare" (Une crise fabriquée de toute pièce: l’histoire jamais racontée de la menace nucléaire iranienne). Il peut être contacté à l’adresse e-mail: porter.gareth50@gmail.com.

Edité par Kitty Stapp

Traduit en français par Roland Kocouvi (FIN/2014)

 

 

 

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