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AUSTRALIE
Le port de Newcastle bloqué par les Guerriers du changement climatique
Lyndal Rowlands

NATIONS UNIES, 28 oct (IPS) - Des Guerriers du changement climatique, venus de 12 pays insulaires du Pacifique, sont entrés par pirogues dans le plus grand port de charbon au monde à Newcastle, en Australie, le 17 octobre pour attirer l'attention sur leurs graves craintes quant aux conséquences des changements climatiques sur leurs pays d'origine.

Les 30 guerriers ont rejoint une flottille de centaines d'Australiens en kayaks et sur des planches de surf pour retarder huit des 12 navires programmés pour passer par ce port pendant ce blocus qui a duré neuf heures, qui a été organisé avec le soutien du groupe de défense de l'environnement 350.org, basé aux Etats-Unis.

Les guerriers sont venus de 12 pays insulaires du Pacifique, dont Fidji, les Tuvalu, les Tokelau, la Micronésie, Vanuatu, les îles Salomon, Tonga, les Samoa, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et Niue.

Mikaele Maiava s’est entretenu avec IPS sur la raison pour laquelle lui et ses camarades guerriers des changements climatiques avaient voyagé en Australie: "Nous voulons que l'Australie se rappelle qu'ils sont une partie du Pacifique. Et comme faisant partie du Pacifique, nous sommes une famille, et ayant cette famille signifie que nous restons ensemble. Nous ne pouvons nous permettre qu’une des plus grandes sœurs détruise vraiment tout pour la famille".

"Donc, nous voulons que la communauté australienne, en particulier les dirigeants australiens, pensent plus de leurs poches, pensent vraiment à l'humanité, pas seulement pour le peuple australien, mais pour tout le monde", a déclaré Mikaele.

S’exprimant à l'ouverture d'une nouvelle mine de charbon le 13 octobre, le Premier ministre australien, Tony Abbott, a dit que "le charbon est bon pour l'humanité".

Mikaele a mis en doute la position d'Abbott, demandant "Si vous parlez de l'humanité: l'humanité signifie-t-elle vraiment que les gens perdent la terre? L'humanité signifie-t-elle vraiment que les gens perdent leur culture et leur identité? L'humanité signifie-t-elle vivre dans la peur pour que nos générations futures vivent dans une belle île et aient des maisons où aller? Est-ce vraiment de l'humanité? Est-ce vraiment la solution pour que nous vivions dans la paix et l'harmonie? Est-ce vraiment la solution pour l'avenir?".

Mikaele a indiqué que lui et ses collègues guerriers du climat savaient que leur lutte n’était seulement pour le Pacifique, et que d'autres pays en développement sont touchés par les changements climatiques aussi.

"Nous sommes conscients que cette lutte est pas seulement pour le Pacifique. Nous savons très bien que le monde entier est debout dans la solidarité pour cela. Le message que nous voulons passer, en particulier aux dirigeants, est que nous sommes des êtres humains, ce combat ne concerne pas seulement notre terre, ce combat est pour la survie".

Mikaele a décrit comment les Tokelau, son pays d’origine, voyait déjà les effets des changements climatiques.

"Nous voyons ces changements de conditions météorologiques et nous voyons aussi que notre sécurité alimentaire est menacée. Il est difficile pour vous de construire un avenir durable si votre sol n’est pas si fertile et qu’il ne fait pas pousser vos cultures à cause de l'infiltration du sel".

Le littoral des Tokelau commence aussi à s'éroder. "Nous voyons nos lignes côtières changer. Il y a 15 ans quand j’allais à l'école, vous pouviez marcher tout droit. Aujourd’hui, vous êtes obligé de marcher en ligne brisée parce que la plage est érodée".

Mikaele a déclaré que lui et ses collègues guerriers des changements climatiques ne seraient pas satisfaits tant qu'ils se sont levés pour les générations futures, et font tout possible pour changer la mentalité des dirigeants du monde sur les changements climatiques.

"Nous sommes des gens éduqués, nous sommes des gens intelligents, nous savons ce qui se passe, l’époque des populations autochtones et des populations locales qui n’ont pas d’informations et des connaissances sur ce qui se passe est révolue", a-t-il estimé.

"Nous sommes la génération d'aujourd'hui, les dirigeants de demain et nous ne sommes pas aveuglés par le problème. Nous pouvons le voir de nos propres yeux, nous le ressentons dans nos propres cœurs, et nous voulons que le gouvernement australien se rende compte de cela. Nous ne sommes pas aveuglés par l'argent, nous voulons juste vivre aussi paisiblement et nous battre pour ce qui importe le plus, que sont nos maisons".

Les Tokelau sont devenus le premier pays au monde à utiliser l'énergie renouvelable à 100 pour cent lorsqu’ils sont passés à l'énergie solaire en 2012.

Parlant des pirogues que lui et ses collègues guerriers du climat avait sculptées dans leur pays d'origine et amenées en Australie pour la protestation, il a expliqué comment sa famille avait utilisé des pirogues pendant des générations.

"Chaque famille élargie avait une pirogue, et cette pirogue est le principal outil que nous avons utilisé pour pouvoir vivre, aller à la pêche, obtenir des noix de coco, emmener la famille sur les autres îles".

Une autre guerrière du climat, Kathy Jetnil-Kijiner, des îles Marshall, a amné les membres de l'Assemblée générale des Nations Unies à couler les larmes en septembre avec son poème passionné écrit pour sa petite fille Matafele Peinam.

"Personne ne se déplacera, personne ne perdra sa patrie, personnes ne va devenir réfugié des changements climatiques. Ou devrais-je dire, personne d'autre. Pour les habitants des îles Carteret en Papouasie-Nouvelle-Guinée et pour les habitants de l’île Taro, au Fidji, je saisis ce moment pour vous présenter mes excuses", a-t-elle déclaré.

Le Forum des îles du Pacifique qualifie les changements climatiques de la "plus grande menace pour les moyens de subsistance, la sécurité et le bien-être des peuples du Pacifique".

"Les changements climatiques constituent une menace immédiate grave pour le développement durable et l'éradication de la pauvreté dans beaucoup de pays insulaires du Pacifique, et pour certains, leur survie même. Pourtant, ces pays sont parmi les quelques-uns en mesure de s'adapter et de réagir; et les conséquences auxquelles ils sont confrontés, et supportent déjà maintenant, sont considérablement disproportionnées par rapport à leurs contributions minuscules collectives aux émissions mondiales", indique le forum.

Les dirigeants des îles du Pacifique ont récemment haussé le ton, défiant le gouvernement australien à cesser de retarder l'action sur les changements climatiques.

Le coordinateur du plaidoyer sur les changements climatiques d'Oxfam-Australie, Dr Simon Bradshaw, a déclaré à IPS: "L'Australie est un pays du Pacifique. En optant de démanteler ses politiques climatiques, de se désengager des négociations internationales et de foncer tout droit avec l'expansion de son industrie des combustibles fossiles, elle est complètement en désaccord avec le reste de la région".

Edité par Kitty Stapp

Traduit en français par Roland Kocouvi (FIN/2014)

 

 

 

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